Par Philippe Chalmin – L’étincelle du Covid 2020

Et pourtant, le poison du Covid s’est glissé un peu partout remettant en cause les certitudes les mieux affirmées. De plus en plus soumis à des logiques économiques, voire marchandes, les systèmes de santé publique ont montré leurs limites dans de très nombreux pays parmi les plus avancés. Comme en 1929, la panne économique a obligé les États à intervenir lourdement en faisant exploser un endettement public rendu supportable par la faiblesse des taux d’intérêt. Mais au-delà, la pandémie a ouvert des abîmes de doutes quant à l’efficacité de la « main invisible » du marché. Les doutes dans un domaine touchant directement chaque individu – sa propre santé – se sont ajoutés à d’autres doutes concernant le réchauffement de la planète, la détérioration de l’environnement et de la biodiversité (ou du moins leur perception), la paupérisation d’une partie des populations exclue de la révolution digitale… Dans un texte récent, le pape François, le chef de l’Église catholique qui compte plus d’un milliard de fidèles dans le monde, a fustigé « le désintérêt pour le bien commun instrumentalisé par l’économie mondiale » (Fratelli Tutti, octobre 2020). Cette vision est bien représentative des réactions qu’a suscitées la crise et que l’on retrouve dans les idées de solidarité, de bienveillance et plus largement de Bien Commun qu’elle a pu susciter.

Ne nous faisons toutefois pas trop d’illusion sur ce qui a pu être pensé ou écrit sur le « monde d’après ». Tout ceci sera vite oublié au moins en ce qui concerne les élans les plus superficiels. On sait ce qu’il en fut des rêves des années soixante-dix. Là n’est pas en effet l’essentiel. Le Covid a avant tout accentué plusieurs tendances qui étaient à l’œuvre ces dernières années.

La première est sans conteste à peu près partout le renforcement de l’État en particulier dans sa fonction d’État-providence. Cela est bien sûr amplifiée par les plans de relance mis en œuvre dans la plupart des pays occidentaux et même pour la première fois au niveau européen. Bruxelles qui était devenu paradoxalement un des points d’ancrage majeurs d’un libéralisme presque doctrinaire commencerait même à faire sa mue. L’État deviendrait ainsi un peu plus le garant du Bien Commun, mais aussi des biens communs (nature, climat, alimentation…) et l’intervention publique retrouverait alors toute sa légitimité. Dans l’éternel balancement entre le marché et l’État, 2020 marquerait ainsi symboliquement un retournement. Remarquons toutefois la situation particulière de la France, pays dont le modèle centré sur l’État a fait longtemps illusion au point d’évoluer à contretemps du reste du monde (les nationalisations de 1981…). Le Covid a marqué une perte de confiance des Français dans leur appareil sanitaire, politique et même administratif. L’évolution risque donc d’y être différente.

Cette prise de conscience peut-elle aller jusqu’à plus de concertation internationale ? Cela paraît bien optimiste. Le Covid marque en tout cas un peu plus l’avènement de la Chine au premier rang économique et géopolitique. La Chine n’est plus un pays émergent, mais commence à connaître les affres de la maturité, y compris dans ses tentations impérialistes. Seul grand pays au monde à enregistrer une croissance positive en 2020, la Chine a creusé un peu plus l’écart alors que la seconde vague du Covid paralyse les économies occidentales. Ceci ouvre une nouvelle période de relations internationales plus équilibrées, une sorte de retour à un ordre westphalien oublié depuis 1990, un nouvel équilibre de la mondialisation. La gestion de la « maison commune » à l’échelle internationale s’en trouvera-t-elle améliorée, cela reste pour l’instant un vœu pieux.

Une chose apparaît en tout cas à peu près certaine : le temps de la foi aveugle dans une « mondialisation heureuse », dans une « fin de l’histoire » (au sens hégélien) à portée de la main, ce temps est bien révolu. Une autre période s’ouvre, porteuse d’autres promesses. Dans son texte cité plus haut, Fratelli Tutti, le pape François a utilisé une image, celle du Bon Samaritain. C’est une autre expression de ce Bien commun vers lequel tend une humanité souffrante par delà les cycles économiques et politiques. En ce sens, le Covid est aussi porteur d’Espérance !

Ephémérides

3/08

• Explosion à Beyrouth et crise politique au Liban
• Accord sur la dette argentine
• L’or à plus de $ 2 000 l’once
• Forte chute de la livre turque
• Prolongation par Donald Trump des principales mesures de relance aux États-Unis

10/08

• Les États-Unis mettent fin au régime préférentiel de Hong Kong• Réélection de Loukachenko en Biélorussie et début d’une violente contestation
• BNP Paribas décide d’arrêter le financement du négoce de commodités
• Joe Biden choisit Kamala Harris pour la vice-présidence sur le ticket démocrate
• Accord de reconnaissance entre Israël et les Émirats arabes unis
• Tensions entre la Grèce, la Turquie et Chypre sur l’exploration gazière

17/08

• Le minerai de fer au plus haut depuis six ans
• Coup d’État au Mali, troisième producteur d’or africain
• Record historique du SP500
• Apple à plus de $ 2 000 milliards de capitalisation
• Plainte antidumping de la Chine sur le vin australien

24/08

• Ouragan Laura sur le Texas
• « Golfgate » et démission de Phil Hogan, le commissaire européen du commerce international

31/08

• Départ de Roberto Azevedo de la direction de l’OMC
• Record historique des bourses mondiales

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