Energie
❚ Aux États-Unis, les prix de l’essence ont augmenté de plus de 30 % et se rapprochent des $ 4 le gallon, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis août 2022.
❚ La Chine va limiter ses exportations d’engrais, notamment des mélanges azote/potasse et certains engrais phosphatés. Si l’on ajoute l’urée, cela signifie qu’entre la moitié et les trois quarts des exportations chinoises d’engrais sont concernées. La Chine représente entre 15 % et 20 % des importations de pays comme l’Inde ou le Brésil.
❚ Après les frappes iraniennes sur les installations de liquéfaction du gaz au Qatar, un analyste parlait de « doomsday gas-crisis scenario » : deux trains de liquéfaction de Ras Laffan auraient été détruits, ce qui représente 17 % de sa capacité ; 12,8 mt de capacités seront affectés pendant trois à cinq ans. Les trains ont différents actionnaires minoritaires, comme Shell, Texaco, Exxon. La production de condensée diminuerait de 24 % celle de gaz de pétrole (LPG) de 13 %, celle d’hélium de 14 %, de naphta et de soufre de 6 %.
❚ Du pétrole iranien « flottant » a été proposé aux raffineurs iraniens, mais avec une substantielle prime sur le Brent ! Les estimations sur les stocks flottants détenus pour l’Iran varient de 130 à 170 millions de barils.
❚ L’impact de la guerre sur le marché mondial du GNL commence à être mesuré : il est évalué à 35 mt sur l’année, soit l’équivalent de 500 méthaniers. Les prix ont bondi de 143 % à $ 25,30 le mbtu. L’incertitude la plus totale règne sur les prévisions. Pour 2026 et 2027 en moyenne, Rabobank parle de $ 16,62 et $ 13,60, UBS de $ 23,60 et $ 14,50. À ce prix la demande devrait fortement diminuer pour des pays comme le Bangladesh. L’inde n’a reçu que quatre méthaniers depuis le début du conflit, ce qui représente quatre à cinq jours de consommation.
❚ Dans la foulée de la fermeture d’Ormuz et de l’arrêt des livraisons de GNL, les prix du charbon ont augmenté de 13,2 % en Asie, de 14,2 % en Europe sur les quinze premiers jours de Mars.
❚ Sur le marché physique du pétrole, les prix ont flambé sur le disponible (cash) en Asie. Au 15 mars, Dubaï était échangé au niveau record de $ 153,25 le baril (la prime de swap était de $56). L’Oman était à $ 147,79 et le Murban à $ 111,76. Un peu partout les primes pour livraisons spot ont augmenté et sont, par exemple, de $ 12,15 pour le Brésil.
Le 19 mars, Dubaï a atteint $ 168,80 le baril. Le pétrole russe a dépassé les $ 100. Le brut norvégien Sverdrup a atteint $ 124. La hausse des produits raffinés est encore plus folle : en Europe, le kérosène à $ 220 et le diesel à $ 200.
❚ D’après Shell, la demande mondiale de GNL augmentera de 54 % à 68 % en 2040, de 85 % en 2050 : pour 2040 cela donne une fourchette de 650 à 710 mt. Sur le marché asiatique, avec la fermeture de la production au Qatar, le marché est monté jusqu’à $ 22,50 le mbtu avant de retomber à $ 19,50.
❚ L’administration américaine a décidé de lever pour 30 jours les sanctions pour les pays ayant acheté du pétrole russe chargé avant le 12 mars (et donc jusqu’au 11 avril). Cela élargit l’autorisation publiée le 5 mars, qui ne concernait que l’Inde.
❚ Pour Ursula von der Leyen, renoncer à l’énergie nucléaire fut pour l’Europe une erreur « stratégique ».
❚ La levée des sanctions sur la Russie fait des heureux en Asie ! Les importations de fuel russe devraient être de 615 000 bj en Mars, pour moitié vers l’Asie du Sud-Est (notamment du bunker pour les navires).
❚ L’écart entre le Brent et le WTI n’a pas été aussi important depuis 11 ans, à $ 12 le baril de pétrole. Ce différentiel justifie maintenant des flux États-Unis vers Europe.
❚ D’après des estimations de Reuter, la capacité de pétrole de la Russie est diminuée de 40 % du fait des frappes ukrainiennes et des mesures prises contre la flotte grise. Les attaques de drones ukrainiens sur les terminaux de la mer Noire (Novorossiysk) et de la Baltique (Primorsk, Ust-Luga) auraient fermé 2 mbj de capacités.
❚ Il se dit sur les marchés que, pour contrer la baisse du yen, la Banque du Japon pourrait « shorter » le marché du pétrole sur les marchés à terme en utilisant ses réserves !
❚ Avant le conflit, la réserve stratégique de pétrole des États-Unis ne s’élevait qu’à 415 millions de barils pour une capacité totale de 714 millions de barils.
❚ Les grandes compagnies aériennes américaines, à la différence des européennes, ne couvrent pas leurs risques de prix sur le kérosène, ce qui leur coûtera au moins $11 milliards en 2026.
Energie (suite)
❚ Les marchés sont confrontés au problème de la cotation du Dubai Middle East, le troisième marqueur du pétrole mondial avec le Brent et le WTI. À la différence de ces deux derniers, il ne s’appuie pas sur un marché à terme, mais sur les calculs de S&P Global Energy Platts, se fondant sur les bruts des Émirats, du Qatar et d’Oman. Sur cette base existe un marché OTC. Depuis le 2 mars, l’indice ne comprend que le brut d’Oman et celui des Émirats chargé à Fujaïrah. La cotation du Dubaï est la référence en Asie, ce qui explique les problèmes évoqués lorsque le 25 mars, elle a dépassé les $ 170 le baril. Il se dit qu’un acteur majeur (TOTSA) aurait réalisé une position de 77 cargos (38,5 m de barils) s’apparentant presque à un squeeze.
❚ Record d’exportation de GNL des États-Unis en Mars : 11,7 mt contre 9,94 mt en février. Les prix ont été tendus en Mars, surtout en Asie : $ 21,65 par mbtu en Asie, $ 16,17 sur le TTF européen. Toutefois, l’Europe a reçu 64 % du GNL américain en Mars. Remarquons que la Chine a profité du marché pour revendre des cargaisons de GNL.
❚ Kpler a publié des scénarios de réouverture du détroit d’Ormuz. Dans toutes les hypothèses, les premiers navires à repasser seraient les tankers et les vraquiers, puis les porte-conteneurs et enfin deux ou trois mois plus tard, les méthaniers. Dans l’hypothèse d’un conflit se prolongeant jusqu’en septembre, Kpler prévoit un prix moyen au « dated Brent » de $ 130 le baril au deuxième trimestre 2026, ce qui paraît bien optimiste.
❚ Début avril, l’OPEP+ a augmenté ses quotas de production de pétrole de 206 000 bj, ce qui reste largement une augmentation « de papier ».
❚ Sur la dernière semaine de Mars, les chargements de pétrole dans le port saoudien de Yanbu où arrive l’oléoduc East-West étaient proches de leur capacité maximale à 4,6 mbj.
❚ Début avril, l’Iran a bloqué le passage d’Ormuz pour deux méthaniers chargés de GNL pour le Pakistan, dont le transit avait été négocié au préalable. Aucun méthanier chargé n’a passé Ormuz depuis le 28 février.
Métaux
❚ Rio Tinto est engagé dans le processus d’acquisition des terres pour le gisement de cuivre de Resolution aux États-Unis avec le feu vert de la Cour Suprême.
❚ La Guinée envisage la mise en place de quotas d’exportations de bauxite, cela afin de soutenir des prix qui se tenaient autour de $ 60/70 la tonne. La Guinée pèse 40 % de l’offre mondiale.
❚ Fortes tensions entre la Chine et BHP dans les négociations sur le prix du minerai de fer. L’acheteur chinois public CMRG boycotte une partie du minerai de BHP (les fines/fihes/fics de Newman).
❚ La Zambie à l’ambition de tripler sa production de cuivre d’ici 2031 à 3 mt (890 000 tonnes en 2025). Pour l’instant, les principaux acteurs sont chinois, canadiens (Barrick et First Quantum), indien (Vedanta), Émiratis et un peu américains (Kobold). L’Europe brille par son absence ?
❚ La Mongolie veut renégocier les termes de la concession de Rio Tinto pour la mine de cuivre à d’Oyu Tolgoi. La Mongolie possède 34 % du gisement, mais, pour financer sa participation, Rio Tinto lui a consenti un prêt au taux actuel de 11 % ! Oyu Tolgoi doit produire 500 000 tonnes de cuivre pour un investissement total de $ 18 milliards.
❚ La pénurie de soufre affecte la production de nickel en Indonésie. Le soufre est utilisé pour produire l’acide sulfurique utilisé dans le raffinage (leaching) du nickel et du cuivre. Sur une production mondiale de soufre de 84 mt, le Moyen-Orient en représente le quart.
❚ Le marché de l’aluminium réagit à la situation dans le Golfe. Les primes sur le LME, déjà au plus haut depuis quatre ans, étaient à la mi-mars de $ 450 la tonne. Aux États-Unis, du fait des tarifs douaniers, on est à $ 2 400 de prime.
❚ Lynas, le producteur australien de minerai de terres rares, a négocié un contrat avec le Japon à un prix plancher de $ 110 le kg (NdPr).
❚ La Chine devrait profiter de la situation pour améliorer sa position d’exportateur d’aluminium et surtout des pièces en aluminium.
❚ Aux Émirats, la raffinerie d’aluminium d’Emirates Global Aluminium à Al Taweelah prendra une année à réparer (capacité de 1,6 mt). L’usine d’aluminium adjacente (2,4 mt de capacité) pourrait ouvrir auparavant.
Grains
❚ La Russie a repris ses exportations de grains vers l’Iran par la Caspienne. Entre juillet 2025 et février 2026, 6 mt ont été exportés, dont 2 mt de blé. La Russie a trois ports sur la Caspienne d’une capacité de 3 mt. Sur la Caspienne, les navires ont des capacités de 3 000 à 6 000 tonnes. Le Kazakhstan exporte aussi de l’orge par la Caspienne.
❚ Les prix du blé sont à la hausse et la Russie en profite avec des prix autour de $ 238 la tonne fob au minimum et des exportations en Mars de l’ordre de 4,5 mt. La campagne 2026 s’annonce excellente à 87,6 mt d’après Soulcon.
❚ Forte hausse des prix des oléagineux. Il y a là l’impact du pétrole sur le biodiesel, les restrictions indonésiennes et l’ouverture du marché chinois au canola canadien. Et en plus la Chine tient ses engagements en achetant du soja américain (25 mt à fin février).
❚ La fermeture d’Ormuz a affecté le marché des engrais, puisque passent par à un tiers des échanges d’urée, 23 % de ceux d’ammoniac et 45 % pour le soufre. Par ailleurs, la hausse des prix du GNL a renchéri les coûts de production d’ammoniac et d’urée, notamment dans le sous-continent indien.
La Chine, qui produit 76,5 mt d’urée (pour 2026) en a exporté 4,9 mt en 2025, mais serait en train de revoir à la baisse ses quotas d’exportation. Le développement de la production se fait à partir du charbon.
De son côté, l’Inde a lancé un appel d’offres pour 2,5 mt d’urée. En novembre, l’Inde avait acheté de l’urée à $ 418 la tonne. On est aujourd’hui entre $ 700 et $ 800 !
Produits tropicaux
❚ Le consultant brésilien Stone X a fortement réduit sa prévision d’excédent mondiale de sucre en 2025/26 à 870 000 tonnes contre une prévision de 2,9 mt en janvier. La production indienne a été diminuée de 32,3 mt à 29,7 mt. Celle du Brésil serait de 40,5 mt.
❚ Le café pourrait connaître le sort du cacao. Certains analystes parlent de prix pour l’Arabica à New York de 200, voire 190 cents la livre (contre 293 à la mi-mars).
❚ Au Ghana, le prix du cacao au planteur (41 000 cedis la tonne) reste supérieur au prix mondial malgré une baisse de 30 % décidée début mars. Les acheteurs autorisés (Licensed Cocoa Buyers) n’ont pas les fonds nécessaires et le Cocobod est de plus en plus endetté.
❚ L’Inde profite de la guerre en Iran pour exporter du sucre. L’origine indienne devient plus compétitive avec la baisse de la roupie et la hausse du pétrole, incitant le Brésil à produire plus d’éthanol. Le quota d’exportation indien est de 2 mt.
❚ Avec la flambée du pétrole, le Brésil produira plus d’éthanol et, d’après Safras e Mercado, devrait voir diminuer ses exportations de sucre en 2026/27 de 33,8 mt en 2025/26 à 29 mt. La production diminuerait de 43,5 mt à 40,3 mt. La production d’éthanol diminuerait de 10,7 %.
❚ D’après un sondage de Reuter auprès d’analystes, le prix du café arabica serait de $ 2,25/lb en fin d’année : -29 %. Le Robusta serait à $ 2 500 la tonne : -31 %. Le Brésil produirait en 2026/27 74 millions de sacs, le Vietnam 31 millions. L’excédent mondial serait de 8,7 millions de sacs contre 1 million en 2025/26.
❚ Nestlé se lance dans les produits chocolatés sans cacao ! Elle utilise du « cho-viva » fabriqué à partir de pépins de raisin et de graines de tournesol torréfiées.
❚ D’après Rabobank, 20 % des surfaces mondiales de café seront affectées par le changement climatique d’ici 2050 avec d’importantes baisses de rendements à la clef.
❚ À la fin Mars, les arrivées de cacao dans les ports ivoiriens étaient de 1,423 mt en légère baisse (-1,2 %) par rapport à la campagne précédente. Le prix bord champ est tombé à 1 200 FCFA le kg ($ 2,12).
❚ Le marché au thé est affecté par la guerre en Iran : 8 000 tonnes de thé du Kenya sont bloquées à Mombasa, le Moyen-Orient représente le quart du marché du Kenya. Les ventes aux enchères commencent à être affectées. Le Moyen-Orient est un marché de 100 000 tonnes pour le Kenya.
❚ La baisse des prix du cacao ne se fait pas encore sentir sur les prix des œufs de Pâques, qui sont entre 9 % (Royaume-Uni) et 12 % (États-Unis) plus chers qu’en 2025.
Produits shipping
❚ Sur les 1 065 pétroliers qui ont transporté du pétrole depuis décembre 2022 en provenance de Russie, d’Iran et du Venezuela, 683 faisaient partie de la « flotte grise » dont 621 faisaient l’objet de sanctions (US, UK, UE). La plupart ont changé de pavillon.
❚ Pour la première fois, la flotte mondiale de porte-conteneurs a dépassé les 6 700 unités : 6 706 navires d’une capacité de 33,6 millions TEU. MSC a 922 navires d’une capacité de 7,26 mTEU (21,5 % de la flotte mondiale et 2,16 mTEU en commande). Maersk dispose de 4,64 mTEU et CMA-CGM de 4,25 mTEU devant le chinois COSCO (3,50 mTEU).
