Energie
❚ La décision européenne de ne plus importer de gaz russe pose un problème financier aux pays qui continuaient à importer du gaz russe par gazoduc. On estime en effet que le prix d’achat était de l’ordre de $ 6 à $ 8 le mbtu là où le GNL coûte de $ 12 à $ 15 le mbtu, même si l’abondance de GNL disponible a probablement réduit le « spread ». Le même problème se pose pour la Turquie, qui est
– de facto – le principal acheteur de gaz russe par gazoduc.
❚ Pour les analystes de Trafigura, l’Inde va prendre la place de la Chine comme principal vecteur de la croissance de la demande mondiale de pétrole avec plus de 1 Mbj de croissance annuelle d’ici 2030 contre moins de 200 000 bj pour la Chine. Toutefois, la Chine continuerait à augmenter ses stocks stratégiques de 500 000 bj en 2026 (contre
900 000 bj en 2025).
❚ L’équilibre de la production de GNL aux États-Unis se fait plus précaire. Le différentiel entre le prix au Henry Hub et le TTF américain n’est plus que de $ 4,70 le Mbtu au plus bas depuis avril 2021. Le GNL représente 20 % de la demande de gaz aux États-Unis, mais les besoins en énergie des nouveaux data centers poussent les prix à la hausse. Pour les nouveaux arrivants sur le GNL, le temps des vaches grasses semble bien révolu.
❚ Les divergences sur la consommation de pétrole en 2026 sont frappantes :
AIE 104,7 Mbj
EIA 105,2 Mbj
OPEP 106,5 bj
❚ La vague de froid qui a touché l’Europe à la mi-novembre a eu des conséquences intéressantes pour le marché du gaz. Sur une semaine, la demande de gaz a augmenté de 80 % et les stocks ont diminué à 79 % des capacités (contre 86,5 % en moyenne décennale à cette époque. Normalement, cela aurait dû avoir des conséquences fortes sur les prix. Au contraire, ceux-ci sur le TTF sont passés en dessous de € 30/MWh ! La différence vient de l’assurance des flux de GNL, notamment en provenance des États-Unis.
❚ La Libye (gouvernement de Tripoli) cherche à relancer sa production de pétrole et offre pour la première fois depuis dix-huit ans des licences d’exploitation. La plupart des majors (Exxon-Mobil, Shelle, BP, Total, ENI, Repsol) sont en lice.
❚ À sa réunion de la fin novembre, l’OPEP+ a décidé, comme on pouvait s’y attendre à ne pas toucher aux quotas de pétrole pour le premier trimestre 2026. Il reste encore 3,24 Mbj de réductions de production encore effectives, mais l’OPEP+ va se livrer à un exercice d’évaluation des capacités exactes de production des pays membres. Cet audit est confié à un consultant américain DeGolyer and MacNaughton, basé à dallas. L’audit ne portera pas sur la Russie, l’Iran, ni le Venezuela du fait de la nationalité américaine du consultant et ce sera une entreprise indienne qui traitera de la Russie et du Venezuela. D’après Reuters, la production de l’OPEP aurait diminué de 30 000 bj en novembre à 28,40 Mbj, ce qui montre bien que nombre de capacités annoncées restent théoriques.
❚ En novembre, les États-Unis ont battu un record d’exportation de GNL avec 10,9 Mt (4,6 Mt pour Chenière et 3 Mt pour Venture) à 70 % vers l’Europe. Le résultat en est une hausse des prix du gaz naturel aux États-Unis : la moyenne au Henry Hub en novembre était de $ 4,47 le mbtu contre $ 3,86 en octobre. Début décembre, on a passé les $ 5 !
❚ L’Ukraine s’attaque maintenant aux tankers de la
« flotte grise » qui transporte le pétrole russe, ce qui fait monter les primes d’assurance maritime.
❚ L’AIE anticipe finalement une demande mondiale de pétrole en 2050 de 113 Mbj (+ 13 % sur 2024). Le marché mondial du GNL passerait de 560 bcm à 1020 bcm en 2050. Sur 2026, l’AIE anticipe désormais un excédent de 4,09 Mbj. Désormais, même l’OPEP anticipe un excédent mondial ! Mais celui-ci ne serait que de 20 000 bj. De son côté, l’EIA américaine table sur un excédent de 1,9 Mbj et un prix moyen du Brent en 2025 de $ 68,76 le baril. En octobre, la production mondiale a été de 6,2 Mbj supérieure à celle de janvier (dont 1,5 Mbj d’Arabie saoudite et 120 000 bj de Russie).
❚ Sur les dix premiers mois de 2025, la Chine a produit près de 4 milliards de tonnes de charbon (3,97 milliards) en hausse de 1,5 % sur 2024.
❚ D’après Kpler, l’offre mondiale de GNL sera de 475 Mt en 2026, par rapport à 431 Mt en 2025. Les prix devraient baisser de $ 12 le Mbtu à $ 10 en moyenne en 2026.
❚ La Chine continue d’importer plus de pétrole qu’elle n’en raffine et, en octobre, l’excédent a été de
690 000 bj après 570 000 bj en septembre. Ceci se retrouve dans les stocks, qu’ils soient stratégiques ou commerciaux. Sur les dix premiers mois de l’année, la Chine a raffiné 14,75 Mbj pour 15,65 Mbj de disponible, ce qui laisse 900 000 bj pour les stocks.
❚ Le russe Novatek a fait des réductions de 30 à 40 % pour ses exportations de GNL vers la Chine en provenance d’Arctic LNG Z. Les expéditions ont commencé fin août avec des réductions de $ 3 à
$ 4 le Mbtu (le marché était à $ 11).
❚ À compter du 20 novembre, Reliance n’importera plus de pétrole russe. Le raffineur indien qui a un contrat de 500 000 bj avec Rosneft n’exportera plus de produits pétroliers provenant de pétrole importé russe (apparemment, il continuera à en utiliser pour le marché intérieur). Depuis avril 2022, l’Inde a importé pour $ 145 milliards de pétrole russe et Reliance aurait dégagé $ 6 milliards en le raffinant et en revendant les produits en particulier vers l’Europe. En tout cas, sur novembre, les importations indiennes en provenance de Russie devraient être de 1,85 Mbj, après 1,48 en octobre.
Métaux
❚ C’est en novembre que la mine de fer de Simandou en Guinée va commencer à exporter. À terme, la mine devrait produire 120 Mt par an (7 % du marché mondial). Elle est contrôlée à 75 % par des entreprises chinoises (Chalco, Wes) et par Rio Tinto. Au départ, Simandou devait commencer à produire en… 1997 ! Finalement, le projet aura coûté $ 20 milliards et nécessité un port en eaux profondes et 650 kilomètres de chemin de fer. La Guinée, qui est aussi un énorme exportateur de bauxite, veut s’installer des unités de production d’alumine et peut-être même aussi d’acier.
❚ La Chine a annulé son embargo à l’exportation vers les États-Unis de gallium, germanium et antimoine au moins jusqu’en novembre 2026. Ceci étant, des contrôles demeure…
❚ Parmi les terres rares, il semble que ce soit l’yttrium qui soit le plus touché par les restrictions chinoises à l’exportation. Les prix en Europe ont flambé de 4 400 % depuis janvier à $ 270/kg, alors qu’il vaut $ 7/kg sur le marché chinois. Pour le dysprosium, la différence est moins sensible :
$ 900/kg à Rotterdam contre $ 225 en Chine.
❚ Freeport devrait pouvoir redémarrer la production de la mine de cuivre de Grasberg en Indonésie en juillet 2026. Grasberg est la deuxième plus grande mine de cuivre au monde (et la première d’or). En 2026, Grasberg produirait, comme en 2025, un milliard de livres (lb) de cuivre et 900 000 onces d’or (contre normalement 1,6 md et 1,3 m respectivement).
❚ Cochilco, la Commission chilienne du cuivre anticipe un prix moyen du cuivre en 2025 de
$ 4,45/lb et de $ 4,55 en 2026.
❚ D’après l’OCDE, la surcapacité mondiale de production d’acier atteindra 721 Mt en 2027, soit
38 % de la capacité mondiale. 50 % de cette surcapacité est en Chine. « Free trade in the steel industry is dead », disait-on dans les couloirs de l’OCDE.
❚ L’Inde est désormais le deuxième producteur mondial d’acier, mais dans des conditions environnementales souvent catastrophiques.
❚ Au sommet du G20, le Premier ministre chinois a proposé une alliance de « pays amis » autour de la Chine sur les terres rares et même plus largement sur les métaux critiques. Sans plus de détails…
19 nations participeraient à cette « international economic and trade cooperation initiative on green minerals ».
❚ Sur le sujet des terres rares, Solvay avance sur le dossier de réouverture de l’usine de La Rochelle avec des contrats sur des terres rares lourdes (Samarium, néodyme, praséodyme, terbium) produites à partir du recyclage.
❚ Alors que le cuivre bat des records ($ 11 200 la tonne le 29 novembre), Codelco en rajoute en demandant une prime de $ 500 la tonne pour livraison physique !
❚ Le milliardaire australien, Robert Friedland, va lancer sa compagnie minière Sunrise dans un projet de mine de scandium.
❚ L’Europe envisage une forme de stock stratégique de métaux critiques. Mais il y aura loin entre les velléités européennes et la réalisation pratique ! Cela d’autant plus que l’exemple de certains métaux est édifiant. La chute des prix du lithium, du cobalt et du nickel a provoqué l’annulation ou la renégociation de 17 des 32 contrats signés entre les fabricants d’automobiles et les métallurgistes. Le carbonate de lithium se traite à moins de $ 10 000 la tonne contre $ 70 000 en 2023.
❚ L’Europe envisage de limiter les exportations de ferrailles de l’aluminium, qui, pour l’instant, peuvent être exportées sans droits de douane vers les États-Unis, contre 50 % pour l’aluminium lui-même. 15 % de la capacité de recyclage en Europe est inutilisée faute de scrap disponible !
❚ Le Worl Diamond Council essaie de réformer le Processus de Kimberley qui permet, normalement, de distinguer et d’exclure les diamants de sang issus de zones en guerre.
❚ Si officiellement, la Banque centrale de Chine n’a acheté qu’une dizaine de tonnes d’or en 2025, la réalité serait bien différente et certains analystes parlent au contraire de 250 tonnes ! Le stock détenu par la BC serait de l’ordre de 5 000 tonnes, le double du chiffre officiel.
❚ Les charges de raffinage évoluent différemment. Pour le zinc, elles sont redevenues positives, passant de – $ 25 la tonne en début d’année à $ 100 la tonne en novembre. Pour le plomb, par contre, elles sont négatives de $ 110 la tonne. Pour le cuivre, elles restent aussi négatives à – $ 65 la tonne. Les « smelters » ne peuvent survivre aux charges négatives qu’en valorisant les « petits métaux » sous produits du raffinage.
❚ A la mi-novembre, le nickel a touché un point bas de $ 14 430 la tonne avant de rebondir. Mais, les surcapacités indonésiennes et chinoises continuent à peser sur le marché. Par contre, il semble que la RDC ait réussi sa manœuvre avec des quotas sur le marché du cobalt et des prix qui sont remontés de $ 15,8/lb en septembre à $ 23,2 fin novembre (en février, on était à $ 10 !). On note aussi quelques frémissements pour le lithium et son minerai, le spodumène. Ceci étant, le cobalt a peut-être mangé son pain blanc, car sa part de marché dans les batteries diminue avec la montée en puissance des batteries LFP (sans cobalt ni nickel).
❚ Vale, qui devrait produire 335 à 345 Mt de minerai de fer en 2026, estime ses coûts de production à une fourchette de $ 20 à $ 21,5 la tonne. Vale anticipe un prix moyen (cf Chine) de $ 100 la tonne alors que le consensus est plutôt autour de $ 70/80 la tonne.
Métaux (suite)
❚ Glencore a produit 870 000 tonnes de cuivre en 2025 et a un objectif de 1,6 Mt en 2035 à partir de ses mines de Collahuasi (Chili) et du développement d’El Pachon (Argentine) pour un investissement de
$ 10 milliards. Glencore a aussi un projet au Canada avec Vale. Quant à Rio Tinto sa production serait en 2025 de 870 000 tonnes, surtout à partir d’Oyu Tolgoi (Mongolie).
Grains
❚ Malgré d’excellentes perspectives de récolte (177 Mt au Brésil, 115 Mt aux États-Unis), le marché du soja a réagi en nette hausse à la reprise des achats chinois aux États-Unis en prenant $ 50 la tonne à Chicago. Les marchés du colza et du tournesol en ont profité avec là aussi la reprise des achats chinois au Canada et en Australie.
❚ La Russie a récolté 145 Mt de grains cette année en poids brut, soit aux alentours de 135 Mt net, dont 90 Mt de blé.
❚ Le Brésil, malgré un épisode de grippe aviaire, aura exporté, en 2025, 5,32 Mt de viande de poulet (+ 0,5 %). Le Brésil pèse 38 % des exportations mondiales devant les États-Unis (27 %). La production brésilienne est de 15,3 Mt. Le Brésil est aussi devenu le troisième exportateur mondial de viande de porc avec 1,49 Mt pour une production de 5,55 Mt.
❚ Alors que le blé tendre se cote fob Rouen à € 184 la tonne, l’Algérie a acheté 900 000 tonnes (optionnel, mais probablement pas français…) à $ 256 la tonne cf (surtout semble-t-il Argentine et mer Noire).
❚ Le marché de la pomme de terre est à nouveau en crise avec une hausse de 10 % de la production NEPG (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas) à 27,2 Mt. Les exportations de frites surgelées sont touchées par les tarifs américains et des pays comme l’Inde et la Chine se mettent aussi à exporter (500 000 tonnes). Les prix sont au plus bas de € 5 à € 40 la tonne suivant les qualités et les pays.
❚ Excellentes récoltes aussi au Canada avec 40 Mt de blé, 21,8 Mt de canola (colza) et de très bons chiffres pour l’orge, l’avoine, les lentilles et les pois.
❚ À la foire de Shanghai, COFCO a signé des contrats pour 20 Mt de soja brésilien (valeur $ 10 milliards), avec des traders, notamment ADM, LD, Bung et Cargill.
❚ L’Argentine devrait faire une récolte record de blé à 24,5 Mt d’après la bourse de Rosario. L’Argentine produirait aussi 61 Mt de maïs et 47 Mt de soja.
❚ COFCO continue à acheter du soja américain pour livraison sur décembre et janvier. On parle de tonnages proches du million de tonnes que le négociant chinois a payé $ 2,15/$ 2,40 le boisseau sur Chicago alors que le soja brésilien se traite à $ 1,25 ce qui illustre bien la dimension « politique » de ces achats. Remarquons que tant sur septembre que sur octobre, la Chine n’a pas importé de soja américain. Sur les dix premiers mois de 2025, la Chine a importé 70,8 Mt du Brésil et 4,5 Mt d’Argentine. L’accord Trump/Xi stipulait l’achat de 12 Mt de soja américain sur 2025, mais on en est encore loin… Fin novembre, deux navires s’apprêtaient à charger à La Nouvelle-Orléans du soja pour la Chine : les premiers depuis le mois de mai. Un autre navire chargerait au Texas du sorgho pour la Chine.
❚ Le CIG a encore relevé ses prévisions de production mondiale de grains : 2,43 Mt de céréales (hors riz), dont 830 Mt de blé, 1 298 Mt de maïs et 426 Mt de soja. Pour les céréales, les stocks mondiaux seraient au plus haut à 619 Mt.
❚ Le marché mondial du thon est estimé en 2024 à
$ 45 milliards.
❚ La Chine est devenue un important producteur de tomates : en 2024, 11 Mt furent utilisées pour la production de concentrés (4,8 Mt en 2021) destinés pour l’essentiel à l’exportation. Les tomates étant produites au Xinjiang, elles sont souvent exportées, mais Chine et Italie ont mis des barrières (travail forcé) et la Chine aurait en stock 600 à
700 000 tonnes de concentré, soit six mois d’exportations.
❚ Récolte record aussi en Australie où l’on s’attend à la troisième plus importante production de blé (plus de 36 Mt), la plus forte d’orge (16 Mt), la deuxième de colza (7 Mt).
Produits tropicaux
❚ L’Inde va donner des quotas d’exportation de 1,5 Mt de sucre sur la prochaine campagne (2025/2026). L’année dernière, l’Inde n’avait exporté que 1 Mt.
❚ Les États-Unis ont donc supprimé l’essentiel des tarifs qui affectaient leurs importations de café. Ceci étant, le Brésil reste frappé à 40 % et souffrira d’autant plus de la concurrence des autres pays d’Amérique latine et d’Asie. Mais une nouvelle décision trumpienne, le 20 novembre, a supprimé le reste e tarifs sur un certain nombre de produits agricoles brésiliens : viande bovine, jus d’orange, cacao, et… café !).
❚ D’après l’iSO, le marché mondial du sucre sera excédentaire de 1,63 Mt en 2025/2026 : 181,77 Mt de production (+ 3,15 %) contre 180,14 Mt de consommation (+ 0,6 %). Cela fait suite à un déficit de 2,92 Mt en 2024/2025. Le consultant brésilien Datagro anticipe quant à lui un excédent de 1 Mt en 2025/2026.
❚ Selon l’USDA, la Chine devrait produire 11,5 Mt de sucre en 2025/2026 (9,9 Mt de canne et 1,6 Mt de betterave). Les importations chinoises augmenteraient légèrement à 5,3 Mt, les chinois profitant de la faiblesse des prix mondiaux.
❚ Une analyse de Zero Carbon Analytics prévoit qu’avec la déforestation au bassin du Congo, la production de cacao en Afrique de l’Ouest pourrait être sévèrement limitée avec des pertes cumulées d’ici 2050 de 1,6 Mt en Côte d’Ivoire, de 866 000 tonnes au Ghana, de 377 000 tonnes au Nigeria, de 205 000 tonnes au Cameroun, soit l’équivalent d’un an de production. Leurs prévisions de prix vont de $ 40 000 à $ 68 000 la tonne ! C’est bien sûr un scénario extrême, mais qui souligne bien l’influence du bassin du Congo dans le système des pluies d’Afrique de l’Ouest.
