Energie
❚ Il est fort probable que l’OPEP+ décide pour août d’une nouvelle augmentation de sa production de pétrole de 411 000 bj (ce qui ferait pour l’année une augmentation de 1,78 mbj, même si la réalité reste inférieure du fait des dépassements de quotas préexistants).
❚ En avril, la production de pétrole aux États-Unis a battu un record à 13,47 mbj d’après l’EIA : 5,77 mbj au Texas, 2,19 mbj au Nouveau-Mexique… Mais d’après un sondage de la Dallas Fed, la hausse des cours de l’acier limite les perspectives de nouveaux forages. Les compagnies interrogées anticipent un cours du WTI de $ 68 fin 2025, ce qui paraît bien optimiste !
❚ Le Kazakhstan continue à augmenter sa production de pétrole à 1,88 mbj en juin (2,15 mbj avec les condensés). Le seul champ de Tengiz, opéré par Chevron, a produit 952 000 bj. Théoriquement, le quota OPEP+ du Kazakhstan pour juin était de 1,5 mbj. Une raison de plus pour que l’OPEP+ augmente encore sa production en août de 411 000 bj.
❚ Les taux de fret des méthaniers ont bondi au lendemain des frappes israéliennes sur l’Iran : sur le Pacifique, on est passé de $ 20 000/jour à près de $ 40 000 et sur l’Atlantique de $ 30 000 à plus de $ 50 000. Il y a un an toutefois, on était entre $ 70 000 et $ 80 000 ! Pour les tankers, les taux ont aussi fortement remonté, multipliés par deux à $ 60 000 pour un VLCC. Nombre de navires sont restés dans l’attente avant de franchir Ormuz.
❚ En Asie, les prix du GNL ont un peu augmenté à $ 14/mbtu (pour le JKM).
❚ Donald Trump a paradoxalement donné « l’autorisation » à la Chine de continuer à acheter du pétrole iranien ! C’est un retournement dans la mesure où il avait au contraire renforcé les sanctions vis-à-vis de plusieurs « Tea pot efineries » du Guangdong. L’Iran représenterait, en 2025, 13,6 % des importations chinoises et les raffineries chinoises, aux marges très faibles, profitaient des rabais sur le pétrole iranien. Il semble toutefois que la déclaration de Trump ait pris à contre-pied tant le Département d’État que le Trésor et il reste à voir si les sanctions seront effectivement levées.
❚ Au final, le conflit Israël-Iran n’aura eu qu’un impact limité sur le prix du pétrole : de $ 70 le baril le 12 juin à un pic – vite oublié – de $ 81, 40 le 23 juin avant de retomber à $ 67. on est loin des chocs de 1973, 1979, et même de 2003.
❚ Donald Trump pousse à l’augmentation de la production de pétrole américaine : un de ses derniers « posts » sur son réseau Truth Social : « To the department of Energy : Drill Baby Drill, and I mean Now ! »
❚ Le « timing » est frappant : à 5 h 30, heure européenne, le lundi 23 juin, la nouvelle d’une frappe aérienne iranienne sur une base américaine au Qatar est connue. La base était vide et l’attaque iranienne presque de convenance. Sept minutes plus tard, le prix du baril de pétrole commençait à baisser et à 7 h 30, la baisse était de 7,2 %. Il n’y aurait pas d’escalade et la voie était ouverte pour le cessez-le-feu.
❚ En mai, la Chine a importé 10,97 mbj de pétrole. Avec sa propre production de 4,35 mbj, cela donne une disponibilité de 15,32 mbj. Le raffinage n’ayant été que de 13,92 mbj, cela laisse un excédent de 1,4 mbj qui est venu grossir les stocks. Ceci devrait se prolonger en juin, puisque les raffineurs chinois ont profité des prix bas de la fin avril/début mai.
❚ Parmi les produits pétroliers : c’est le diesel qui a été le plus sensible aux frappes israéliennes avec une hausse de 15 % des prix en Europe entre le 12 et le 20 juin ; 831 000 bj passent par Ormuz en provenance de Koweït, des Émirats et d’Arabie, et au total l’Europe importe 1, 2 mbj.
❚ La prime de risque augmenté pour les taux de fret des tankers au départ du Golfe. Entre le 13 et le 20 juin, les taux pour un VLCC sur Golfe/Chine ont augmenté de 40 %. Le 17 juin, une collision entre tankers (dont un VLCC chargé de 2 Mb de pétrole irakien vers la Chine) a peut-être été provoquée par un brouillage des communications GPS en provenance d’Iran. Pour un VLCC de ce type, les tarifs seraient passés de $ 20 000 à $ 50 000 par jour en une semaine. Un Golfe/Chine est ainsi passé de $ 21 097/jour à $ 51 879 le 18 juin. Au plus étroit, le détroit d’Ormuz fait 33 km et les deux couloirs de navigation font seulement 3 km de large.
❚ L’AIE estime que la Chine atteindrait son pic de consommation de pétrole en 2027. Par contre, ce n’est pas le cas aux États-Unis et l’AIE a révisé à la hausse de 1,1 mbj sa prévision de consommation américaine en 2030.
❚ La NIOC iranienne disposerait d’une flotte de 36 tankers qui servent de stockage flottant pour une capacité de 40 millions de barils de pétrole. On estime que 8 Mb sont au large de la Chine, 20 Mb autour de Singapour et, début juin, il y avait 12 Mb dans le Golfe.
Energie (suite)
❚ L’EIA américaine estime qu’avec la baisse des prix du pétrole, la production américaine diminuera en 2026 à 13,37 mbj contre 13,42 mbj en 2025. Pour l’EIA, le prix du Brent sera en moyenne de $ 65, 97 le baril en 2025 et de $ 59,24 en 2026. Le WTI serait respectivement à $ 62,33 et $ 55,88. Pour l’AIE, la production mondiale sera de 104,4 mbj en 2025 et la consommation de 103,5 mbj. À l’inverse, l’AIE anticipe une hausse de la production américaine de gaz naturel à 105,9 bcfd pour une consommation domestique de 91,3 bcfd et donc des exportations de 14,6 bcfd (11,9 en 2024). Enfin, la production américaine de charbon diminuerait à 511,9 Mt, au plus bas depuis 1964.
❚ La Chine, qui a importé un record de 542,7 Mt de charbon en 2024, devrait voir ses importations de
50 à 100 Mt en 2025.
❚ Finalement, en mai, la production de pétrole de l’OPEP n’a augmenté que de 150 000 bj alors qu’avec l’augmentation des quotas, elle aurait pu être de
310 000 bj.
❚ L’Égypte a acheté 160 cargaisons de GNL pour livraison en 2025 et 2026 pour un total estimé à $ 8 milliards. Les fournisseurs sont Saudi Aramco, Shell, Vitol, Trafigura, SOCAR, Petrochina. Les contrats se seraient traités à $ 0,70/0,75 au-dessus du TTF (en $ le mbtu).
❚ À la suite de l’attaque israélienne sur l’Iran et de la hausse des prix du pétrole, une des interrogations majeures concerne les capacités disponibles à très court terme : celles-ci seraient plus faibles qu’anticipé, mais de l’ordre de 3,5 mbj quand même : 2,5 mbj pour l’Arabie saoudite (qui devrait déjà produire 9,5 mbj en juillet), 250 000 bj au plus pour la Russie, et probablement un peu moins de 1 mbj pour les EAU. Par ailleurs, le champs de gaz naturel de South Pars a été aussi touché (mais l’Iran n’exporte pas de gaz).
❚ Toute l’agitation autour d’Ormuz a au moins permis de faire le point sur les capacités existantes pour l’éviter. L’Arabie saoudite a un oléoduc allant à Yunbu sur la mer Rouge de 5 mbj, mais qui pourrait augmenter à 7 mbj. Les Émirats ont un oléoduc de 1,5 mbj allant à Fujairah hors du Golfe. Par contre, l’oléoduc reliant le Kurdistan irakien au port turc de Ceyhan est bloqué.
❚ Coal India va rouvrir 30 mines de charbon et en ouvrir cinq nouvelles sur un total de 310 mines en activité.
❚ Au premier semestre 2025, l’Europe a importé 208,6 Mt de GNL d’après Kpler contre 133,4 Mt pour l’Asie. La demande européenne maintient des prix élevés ($ 13/14 le mbtu), ce qui pèse sur la demande asiatique.
Métaux
❚ La RDC a reconduit pour trois son embargo à l’exploitation de cobalt. Au total, cet embargo a contribué à réduire l’offre mondiale de 100 000 t et les prix en Chine ont rebondi à $ 35/kg. Mais on estime les stocks hors RDC à 8 à 10 mois de consommation mondiale. Le problème est qu’en RDC, le cobalt est un coproduit du cuivre et que l’un ne va pas sans l’autre !
❚ D’après le consultant Project Blue, le marché du lithium ne sera pas à l’équilibre avant 2033. La demande devrait pourtant augmenter de 12 % par an dans les dix ans à venir. En 2026, la Chine devrait dépasser l’Australie comme premier « mineur » mondial. Et en 2035, la Chine produirait, d’après Fastmarkets, 900 000 tonnes de lithium contre
680 000 tonnes en Australie, 435 000 t au Chili et 380 000 t en Argentine. Le minerai chinois est de la lépidolite.
❚ J. P. Morgan anticipe l’or à $ 3 650 l’once en fin d’année et à $ 4 100 à la mi-2026 ! Et, dans la foulée de l’or, l’argent, au plus haut depuis 13 ans, et le platine (4 ans) en profitent. L’une des malheureuses conséquences de cette frénésie sur le marché de l’or est qu’il finance la guerre au Soudan. La production y a atteint, en 2024, le record de 80 tonnes (pour une valeur de $ 6 milliards), dont une bonne moitié sort en contrebande vers les Émirats et la Russie.
❚ D’après le Boston Consulting Group, la facture des coûts supplémentaires de l’acier et de l’aluminium atteindrait $ 104 milliards.
❚ La Guinée a produit au premier trimestre un record de 48,6 Mt de bauxite, expédiées pour l’essentiel en Chine (312 navires !). Cela donnerait un rythme annuel de 199 Mt. Les principales mines appartiennent à des intérêts chinois.
❚ 97 % des véhicules électriques dans le monde utilisent des aimants NdFeB, c’est-à-dire neodymium-fer-boron qui utilisent, en particulier l’une des terres rares, les plus sensibles, le dysprosium. Quelques rares constructeurs, comme Renault pour la Zoé, ont développé des technologies sans aimants permanents. En mai, les exportations chinoises d’aimants permanents ont diminué de 52,9 % par rapport à avril, de 74 % par rapport à mai 2024. Sur les cinq premiers mois de 2025, la baisse est de 14,5 %.
❚ A la mi-juin, la prime sur le LME pour l’aluminium aux États-Unis s’élevait à $ 1 377 la tonne pour une cotation cash au LME de l’ordre de $ 2 400. Mais les États-Unis se sont mis à importer des « ferrailles » d’aluminium qui ne sont pas soumises aux tarifs.
❚ Les réserves d’or des banques centrales ont atteint 36 000 tonnes en 2024, proches des 38 000 tonnes des années soixante au temps du « Gold and Dollar Exchange Standard » de Bretton Woods. L’or représente 20 % des réserves des banques centrales derrière le dollar (46 %), mais devant l’euro (16 %).
Métaux (suite)
❚ La Chine semble renforcer son contrôle de l’État Wa au Myanmar pour ses ressources en étain, mais aussi en terres rares.
❚ Au moment même où se conclut la Conférence de Nice sur les océans, les États-Unis enfoncent le clou en lançant le processus d’autorisation et de licence d’exploitation des fonds sous-marins au large des îles Samoa américaines.
❚ La production d’acier en Chine en mai a diminué de 6,9 % par rapport à mai 2024 à 86,5 Mt. Sur les cinq premiers mois de l’année, la production est en baisse de 1,7 %. Par contre, les exportations de ces cinq mois ont battu un record à 48,5 Mt (+ 8,9 %).
❚ A $ 60 000 la tonne aux États-Unis, le prix de l’antimoine a quadruplé en un an. La Chine produit 60 % de l’antimoine mondial et en raffine encore plus. L’antimoine est utilisé dans les batteries des véhicules thermiques (un tiers des usages) et dans les munitions.
❚ Les négociations sur les charges de traitement et de raffinage de cuivre (TC/RC) se déroulent dans un tel contexte de surcapacités que le marché spot est négatif (– $ 45 la tonne). Les prix de contrat pourraient n’être qu’à peine positifs au second semestre. Finalement Antofagasta (Chili) a signé avec des raffineurs chinois pour une TC/RC à 0, ce qui est considéré comme une « affaire » pour les Chinois.
Grains et produits tempérés
❚ En 2025, la Russie produirait 135 Mt de grains d’après le ministère de l’Agriculture (130 Mt en 2024).
❚ Les stocks de céréales sont au plus haut en Inde : au 1er juin, les stocks publics de riz s’élevaient à 59,5 Mt pour un objectif officiel de 13,5 Mt ! Pour le blé, les stocks publics s’élèvent à 36,9 Mt pour un objectif de 27,6 Mt.
❚ Sur 2024/25, le Brésil aura finalement produit 169,6 Mt de soja (+ 15 %). Les exportations s’élèveront à 106,24 Mt. La seconde récolte de maïs (qui représentent 80 % du total) atteindrait le niveau record de 123,3 Mt, 20,2 Mt de plus que la récolte précédente, ce qui donnerait un total pour la campagne de 136,1 Mt.
❚ Les huiles végétales ont un peu profité de la situation pétrolière dans le Golfe. Mais il y a eu aussi l’impact de la proposition de l’EPA américaine d’augmentation de 8 % de la part de biofuel dans les carburants aux États-Unis. Ceci touche le diesel auquel on incorpore des huiles usagées et de l’huile de soja.
❚ Les négociations sur un accord de libre-échange entre l’UE et l’Australie butent toujours sur la viande bovine : l’UE a offert un quota de 24 000 tonnes
(3 389 tonnes actuellement) et l’Australie veut
46 000 tonnes. Quant aux négociations entre les États-Unis et l’Inde, elles butent aussi sur les produits agricoles et notamment les produits laitiers. L’agriculture est aussi un sujet crucial entre les États-Unis et le Japon, refusant que le riz fasse partie des discussions.
❚ La mousson est arrivée en Inde avec neuf jours d’avance et couvre déjà tout le pays.
❚ Au Japon, le prix du riz ne cesse de battre de nouveaux records : $ 183 le sac de 60 kg !
❚ Alors que le CIG anticipe une production record de céréales en 2025/26 (2 375 Mt hors riz), la production de blé dur devrait légèrement diminuer à 35,2 Mt. Le marché reste pourtant baissier avec d’abondantes disponibilités canadiennes.
❚ Sur les six premiers mois de 2025, l’Argentine a exporté un record de 64,5 Mt de grains (et leurs produits) dont 23,5 Mt sur le seul mois de juin, pour $ 3,7 milliards. À compter du 1er juillet, les taxes à l’exportation reviennent à leurs niveaux antérieurs (35 % pour le soja et 12 % pour le maïs). Finalement, l’Argentine aura produit 50,3 Mt de soja en 2024/25, à peu près comme l’année précédente, mais loin du record de 60,8 Mt d’il y a dix ans.
❚ D’après l’ICAC, la production mondiale de coton en 2025/26 serait de 25,9 Mt pour une consommation de 25,6 Mt et des échanges de 9,7 Mt. L’ICAC anticipe un prix moyen pour la campagne de
72 cents/lb.
Produits tropicaux
❚ D’après la FAO, la production mondiale de sucre en 2024/25 diminuerait à 175,6 Mt (180,3 Mt étaient prévus en novembre) pour une consommation de 177,8 Mt et donc un déficit de 2,2 Mt. Les échanges mondiaux diminueraient de 6 % à 63,3 Mt. Pour
S and P, le marché serait déficitaire de 3,8 Mt en 2024/25 et excédentaire de 1,9 Mt en 2025/26.
❚ À fin mai, les arrivées de cacao dans les ports ivoiriens étaient de 1,540 Mt d’après le CCC, de
1,624 Mt d’après les exportateurs, la différence venant de fèves de mauvaise qualité refusées au contrôle. Mais il faut tenir compte aussi de la contrebande vers la Guinée, le Togo et le Liberia, estimée à 100 000 tonnes (5,8 % de la production.
❚ D’après la CONAB, la production de café au Brésil en 2025 serait de 55,67 millions de sacs contre 51,81 millions dans une estimation précédente et
2,7 % de plus qu’en 2024. Par ailleurs, on note une certaine élasticité à la baisse de la consommation : – 1,5 % en Italie, – 2 % aux États-Unis.
