Energie
❚ Le 21 août, la réserve stratégique de pétrole américaine ne contenait plus que 290 millions de barils, au plus bas depuis 44 ans !
❚ En août, les exportations iraniennes de pétrole n’ont été que de 250 000 b/j, en baisse de 85 % par rapport aux niveaux d’avant la guerre. Au total, d’après Kpler, en août, seulement 2,2 mbj de brut sont passés par Ormuz, et, au total, le Golfe a exporté 9 mbj contre 11 mbj en juillet et 17 mbj en 2025. Mais le véritable problème pour les marchés mondiaux reste celui du raffinage : entre le Moyen-Orient, la Russie et la Chine, Energy Aspects estime le manque à raffiner à 4 mbj, soit 5 % de moins qu’en 2025. Ceci explique les tensions sur les produits raffinés. À Singapour, la marge de raffinage pour le diesel était le 21 août à $ 71,29 le baril, contre $ 21,90 le 27 février. Pour l’essence, elle était de $ 20,74 contre $ 8 ! Goldman Sachs anticipe une marge de raffinage en Europe de $ 65 le baril pour le dernier trimestre de 2026 (on a atteint un record de $ 95 à la fin juillet).
❚ L’accord États-Unis/Venezuela sur l’exportation du pétrole vénézuélien apparaît de plus en plus opaque. Il semblerait qu’une concession de 100 ans serait accordée à une compagnie privée vénézuélienne NABEP (North American Blue Energy Partners), qui, jusque-là, était un petit opérateur pétrolier produisant 170 000 b/j. NABEP est contrôlé par un homme d’affaires vénézuélien, Alejandro Betancourt, qui, par le passé, a fait l’objet d’enquêtes de la part des autorités américaines et européennes pour des opérations douteuses avec le Venezuela. Le gouvernement américain prendrait 35 % du capital et aurait une garantie sur 20 % de la production et une option sur le reste. On ne peut pas dire que cela soulève l’enthousiasme des majors pétroliers, comme Exxon ou Conoco Philipps. On est en tout cas très loin des annonces de Donald Trump et tout ceci ne semble pas très bon !
❚ À la toute fin de juillet, des attaques sur des méthaniers dans le port égyptien de Damiette ont élargi un peu plus le champ de la guerre en s’élargissant, en réalité, au canal de Suez. Ainsi, l’oléoduc Sumed qui longe le canal a vu transiter près de 1 mbj de pétrole en juillet alors que les tonnages passant par Bab El-Mandeb ont diminué de moitié.
❚ Qatar Energy qui a déclaré force majeure pour ses exportations de GNL, a acheté des cargaisons spot aux États-Unis pour ses clients asiatiques.
❚ En juillet l’Asie a augmenté encore ses importations de charbon-vapeur à 73,16 Mt (71,04 Mt en 2025) : 28,14 Mt pour la Chine, dont la production de 380 Mt a diminué à la suite d’un accident dans le Shanxi (82 morts) en mai. Les prix du charbon à Singapour sont en hausse de 38 % depuis le début de l’année.
❚ De manière un peu surréaliste, l’OPEP+ continue à augmenter ses quotas d’exportation et de production de pétrole : 188 000 bj de plus pour septembre. Au total les coupures de 1,63 mbj mises en place en 2023 sont annulées.
❚ La flambée des marges de raffinage (les calculs de BP les situent à $ 42 le baril au troisième trimestre contre $ 12 en 2025) profite certes aux majors du pétrole, mais ceux-ci avaient considérablement réduit leurs activités dans ce domaine. En 2005 les cinq grands raffinaient 16,4 mbj, soit 22 % du total mondial. Vingt ans plus tard, ils ne raffinaient plus que 10,4 mbj (13 % du total mondial).
❚ C’est maintenant l’Iran qui place sous sanctions 45 tankers et méthaniers qui ont franchi « illégalement » le détroit d’Ormuz. Certains appartiennent à la compagnie émiratie ADNOC.
❚ Le taux d’utilisation des capacités de raffinage aux États-Unis est supérieur à 95 % depuis près de trois mois, ce qui ne s’était pas vu depuis vingt-cinq ans. Cela commence à inquiéter avec des risques de « casse ». Or, les États-Unis sont devenus le fournisseur de dernier recours pour le marché mondial des produits raffinés.
❚ D’après une étude de S&P, les capacités de raffinage en Europe et aux États-Unis vont diminuer encore dans les années à venir : 20 % de moins en Europe et 7 % aux États-Unis pour atteindre respectivement 9 mbj et 16,7 mbj en 2035. En 2000 la capacité européenne était de 14 mbj. En 2025,500 000 b/j de capacités ont été fermés en Europe.
Energie (suite)
❚ L’Inde est revenue à ses amours… russes. En juin et juillet, l’Inde a importé en moyenne 2,6 mbj de pétrole russe (1 mbj en février au temps des sanctions américaines), sur un niveau global record de 5 mbj.
❚ Les taux de fret sur les tankers ont atteint des niveaux historiques : en août il fallait compter $ 15 le baril pour un voyage entre le Moyen-Orient et l’Asie.
❚ En dehors du « contrat » accordé par Donald Trump au Venezuela, des acteurs plus sérieux ont signé des concessions plus tangibles : Chevron, qui annonce $ 6 milliards d’investissements dans le pétrole, BP et Shell dans le gaz, Adnoc…
❚ Tensions à prévoir sur le marché du GNL en Asie. Pour l’automne les prix pourraient monter à $ 22 le mbtu, au plus haut depuis 2023. ($ 22,83 à la fin août déjà au plus haut depuis trois ans). En Europe on serait aussi au bord de $ 22 ($ 22,83 à la fin août déjà au plus haut depuis trois ans). Pourtant, sur les sept premiers mois de l’année, les États-Unis ont augmenté leurs exportations de 23 % à 73 Mt. Pour des livraisons en octobre, les prix fin août étaient déjà à $ 23,20 le mbtu. En Europe les prix sont de l’ordre de $ 22,70. En Allemagne à fin août, le niveau de stockage était de 51,64 % des capacités avec un objectif de 70 % à fin novembre.
❚ Bras de fer entre Bruxelles et la Norvège à propos de l’exploitation du gaz naturel en zone arctique. Les norvégiens (Equinor) veulent exploiter des gisements en mer de Barents alors que l’UE interdit tout nouveau forage en zone arctique.
❚ Le blocus américain sur l’Iran commence à porter ses fruits avec la baisse des exportations iraniennes de pétrole. Résultats, on compterait 48 tankers vides au large de la Malaisie et 13 tankers iraniens vides au large de Sri Lanka.
❚ La flotte « fantôme » russe compte plus d’un millier de tankers, mais aussi 25 méthaniers, certains achetés sur le marché de l’occasion, mais deux construits dans des chantiers proches de Vladivostok.
Métaux
❚ Les importations chinoises de cuivre raffiné ont diminué de 13 % au premier semestre 2026 à 1,374 Mt. Par contre les importations de nickel raffiné ont augmenté de 58 % à 149 000 tonnes.
❚ D’après l’ILZSG, le marché mondial du zinc a été excédentaire de 162 000 tonnes sur les cinq premiers mois de 2026. À la mi-juillet, les charges de traitement (TC) étaient négatives de $ 75 la tonne avec une augmentation de la production chinoise de 7,4 %. Pour le plomb, l’excédent est de 19 000 tonnes avec un déficit chinois et des TC négatives de $ 180 la tonne.
❚ Sur le marché du cuivre, les TC ont atteint de tels niveaux records négatifs ($ 155 la tonne) que nombre de smelters chinois ont décidé de faire leurs opérations de maintenance durant l’été. Pourtant, le marché reste en excédent (221 000 tonnes sur les cinq premiers mois de l’année d’après l’ICSG).
❚ Alors que le marché du cuivre pourrait être excédentaire de 639 000 tonnes en 2026 d’après CRU, l’augmentation vertigineuse des stocks au CME risque de provoquer des pénuries. L’éventualité de taxes américaines a provoqué un mouvement de stockage massif : 675 000 tonnes sont ainsi enregistrées au CME et donc de facto gelées pour le marché mondial (en 2025 les États-Unis avaient importé 1,64 Mt de cuivre.) De son côté, l’ICSG situe l’excédent mondial à seulement 131 000 tonnes au premier semestre 2026. Il faut aussi tenir compte de l’impact de la crise du soufre sur la production en RDC et au Chili, qui a été évaluée à un moment à 300 000 tonnes.
❚ Bonne nouvelle pour l’étain. Le marché mondial des semi-conducteurs explose avec une croissance attendue de 108 % en 2026 à $ 1 655 milliards, tirée en particulier par les puces mémoires (DRAM) à 302 % de croissance.
❚ Les projets de digitalisation des investissements dans les métaux se multiplient. On parle de « tokens » qui sont en fait des cryptométaux, en particulier pour l’or, l’argent, le cuivre et même l’uranium.
❚ Le Venezuela réclame les $ 4 milliards d’or stockés à Londres et cette fois avec le soutien des États-Unis!
Grains
❚ Les tensions dans la mer Noire commencent à affecter les exportations de blé. La fédération russe des exportateurs de céréales parle de problèmes pouvant affecter 30 à 35 Mt d’exportations de grains et de prix Fob du blé pouvant atteindre $ 370 la tonne ! À la mi-août on estimait que 97 % des capacités d’exportation de la Russie et de l’Ukraine dans la mer Noire et la mer d’Azov étaient bloquées. En août l’Ukraine aurait exporté 1,7 Mt de grains et prévoit 2 Mt en septembre, contre 4 Mt pour un mois « normal ». L’Ukraine a augmenté de 35 % ses exportations par le Danube, mais les capacités totales sont saturées avec une file d’attente de quelque 70 navires. Au total Oxford Economics estime que 86 millions de tonnes sont concernées :
52 Mt pour la Russie et 34 Mt pour l’Ukraine avec peu de solutions alternatives.
❚ La France commence à profiter des problèmes de la mer Noire. Plusieurs navires ont été chargés avec du blé pour l’Égypte et le Soudan. Sur le premier semestre 2026, 82 % des importations égyptiennes provenaient de la mer Noire. Les différentiels de prix commencent à se faire sentir avec cf. Asie des prix de $ 315 la tonne pour le blé australien, de $ 305 pour le moins cher des blés américains, là où la mer Noire était entre $ 260 et $ 280 la tonne.
❚ Mauvaise moisson en Inde où le déficit de précipitations pourrait atteindre 15 %, avec 40 % du territoire à plus de 20 %. La situation est identique au Panama (– 34 %) avec de premières mesures pour limiter le trafic dans le canal.
❚ La morosité est énorme dans les grandes plaines américaines : d’après l’American Farm Bureau, les producteurs de maïs perdraient $ 131 par acre en 2026 et ceux de soja $ 80. Pour 2027 la prévision est respectivement de pertes de $ 167 et $ 138. Que fait Trump ?
❚ Face à la hausse des prix de la viande bovine aux États-Unis, Donald Trump a autorisé l’importation de 300 000 tonnes de viande hachée en franchise de droits. Jusque-là, on s’attendait à 2,8 Mt d’importations en provenance surtout du Brésil et d’Océanie.
Produits tropicaux
❚ D’après le COCOBOD, la production de cacao du Ghana devrait diminuer au moins de 16 % sur 2026/27. On parle de pluies trop fortes en mai/juin, du retour d’El Niño. Pour la Côte d’Ivoire la baisse serait de 10 %.
❚ StoneX estime l’excédent mondial de cacao en 2026/27 à seulement 25 000 tonnes, après 442 000 tonnes en 2025/26. La Côte d’Ivoire produirait 1,17 Mt et le Ghana 585 000 tonnes. L’Équateur deviendrait le deuxième producteur mondial avec 600 000 tonnes.
❚ Pour le marché mondial du sucre, StoneX estime le déficit mondial en 2026/27 à 1,7 Mt, après un excédent de 2,94 Mt en 2025/26. La production diminuerait de 15 % en Europe.
❚ En 2026/27, la production mondiale de coton devrait diminuer de 2 % à 25,8 Mt pour une consommation de 25,5 Mt. Les échanges mondiaux seraient, d’après l’ICAC, de 9,6 Mt et atteindraient 10,3 Mt en 2028/29.
❚ Czarnikow place à 2,9 Mt le déficit mondial de sucre en 2026/27, avec une production en baisse de 1,3 Mt à 177 Mt et une consommation stable à 179,9 Mt. La production diminuerait en Inde, en Thaïlande et dans l’UE. Pour l’ISO, le déficit mondial ne serait que de 200 000 tonnes avec une baisse de 4,4 Mt de la production en dehors du Brésil. Pour 2025/26, l’ISO estime l’excédent mondial à 2,2 Mt.
❚ La production européenne de sucre devrait être au plus bas depuis 38 ans, d’après Tereos. En France la production serait inférieure de 20 % à la moyenne.
❚ En Colombie, l’impact d’El Niño sur la production de café est estimé à 8 %, avec une production de 12,5 M de sacs, contre 13,7 M en 2025.
