Par Philippe Chalmin
L’année 2025 se termine dans le doute et l’incertitude. Aucun des conflits que Donald Trump se promettait de régler n’est vraiment résolu même là, à Gaza ou au Kivu, où des accords de cessez-le-feu ont été formellement signés. De 28 à 19 points, on ne peut dire que le dossier ukrainien ait vraiment avancé et, à propos du conflit le plus sanglant de la planète, celui du Soudan, le silence est total : une bien triste fin d’année ! L’Afrique, d’ailleurs, a repris ses mauvaises habitudes avec deux coups d’État en quelques semaines, Madagascar et la Guinée-Bissau, dans ce dernier cas, sur fond de trafic de drogue. Le continent s’est aussi « offert » deux dirigeants les plus âgés de la planète avec le record de Paul Biya au Cameroun (92 ans !).
Sur le plan géopolitique, le multilatéralisme est au point mort : le G20 s’est tenu sans les États-Unis, la COP30 a été d’une faiblesse insigne et tout se négocie maintenant au travers de ces rapports de force que Trump apprécie tant. Il ne gagne pas toujours d’ailleurs, mais il n’est jamais trop mauvais perdant. La grille des tarifs douaniers est pour lui une éternelle table de poker. Il sait prendre ses pertes lorsqu’il annule les tarifs sur une longue liste de produits agricoles – y compris dans un second temps même pour le Brésil – parce que la hausse des prix à la consommation du café, du jus d’orange, du hamburger heurte par trop son électorat MAGA. Il fait un cadeau aux Suisses venus la corde au cou dans le bureau ovale lui offrir quelques babioles en or. Il ne fait pas de cadeau aux Européens sur l’acier, tant que ceux-ci ne lâchent pas sur le digital et avec la Chine, les fleurets restent encore mouchetés de soja et de terres rares. Au total, il est probable que la fièvre tarifaire a atteint son paroxysme et que l’heure est plutôt aux concessions mesurées contre avantages sonnants et trébuchants, à l’exception notable de ceux qui se mettent en travers de son chemin, comme Mark Carney au Canada ou quelques dirigeants européens. Mais, en Europe, il sait aussi reconnaître ses fidèles et Orban est sorti de la Maison-Blanche avec l’autorisation de continuer à importer du pétrole russe pour le plus grand profit non pas du peuple hongrois, mais de poches profondes d’un côté comme de l’autre. Par contre, les sanctions contre les deux grandes compagnies pétrolières russes, Rosneft et Lukoil, touchent la Chine et surtout l’Inde, dont on ne sait encore si elle va s’exécuter et réduire ses achats de pétrole russe. En tout cas, la vente éventuelle des actifs internationaux de Lukoil a fait une première victime avec Gunvor, que Trump a traité de
« marionnette du Kremlin » !
Dans ce contexte général, la croissance économique mondiale semble en léger ralentissement probablement inférieure à 3 %. Les États-Unis tiennent grâce à la manne des investissements dans l’IA au sens le plus large, mais la base, celle qui vote Trump, souffre et le « shutdown » le plus long de l’histoire n’a rien arrangé. La Chine est un peu dans la même situation : les secteurs de pointe prospèrent et dominent le monde, le commerce extérieur s’est bien réorienté et a compensé en partie la perte du débouché américain, mais la consommation reste stagnante, les prix de l’immobilier continuent à baisser et les ménages chinois préfèrent épargner. Le voisin japonais, avec lequel les tensions montent, a mis sur la table un énième plan de relance ($ 135 milliards quand même) qui risque d’être aussi inefficace que les précédents. Quant à l’Europe, elle poursuit son chemin chaotique, se révèle incapable de peser sur les questions les plus importantes et conjugue la faiblesse de son exécutif avec celle des États membres, à commencer, bien sûr, par la France. Et puis, une certaine fièvre hante les marchés financiers : la bulle de l’IA va-t-elle se concrétiser à l’image de celle des dotcoms il y a vingt-cinq ans ? On guette les moindres résultats de la nouvelle star, Nvidia, on se rassure, on doute…
Dans ce contexte, on cherche des valeurs sûres : l’or, bien sûr, et même les autres métaux « précieux » à l’image de l’argent (mais là, pour des raisons aussi industrielles), et puis aussi l’art qui a brillé de tous ses feux en novembre à New York. Alors que le prix des énergies fossiles (pétrole, gaz) s’inscrivait en recul avec des fondamentaux franchement baissiers (4 Mbj d’excédents pétroliers début 2026 selon l’AIE), c’est sur les métaux qu’a porté l’attention : les métaux critiques, certes, mais aussi le cuivre qui a encore battu un record qui n’est certainement pas le dernier tant il est devenu la plus stratégique de toutes les matières premières. Ces tensions contrastent avec le repli à peu près général qui touche la plupart des produits agricoles. C’est que, malgré un léger retour de La Niña, l’horizon climatique en cette campagne 2025/5026 est à peu près parfait : jamais le monde n’a produit autant de céréales et la barre des 3 milliards de tonnes pourrait être franchie pour la première fois. La situation est la même pour le soja (malgré la reprise des achats chinois en provenance des États-Unis) et le coton, le sucre et même les modestes pommes de terre. En un an, le prix du cacao a perdu la moitié de sa valeur extrême tout en se situant encore au double de ses moyennes historiques.
Du bitcoin au baril de pétrole, du boisseau de soja à la livre de café brésilien, de la tonne d’antimoine à l’once d’argent, l’extrême volatilité des marchés est au fond le reflet d’un monde à la recherche de ses équilibres perdus. On comprend que l’on puisse leur préférer le fin sourire de Elisabeth Lederer, cette élégante Viennoise que Gustav Klimt immortalisa dans les premiers mois d’un conflit qui emporta avec lui Vienne et l’Empire austro-hongrois et qui, avec $ 236 millions, a réalisé la deuxième plus haute enchère de l’histoire, loin quand même d’un Salvator Mundi que Vinci avait peut-être touché : un sauveur, voilà ce dont le monde aurait bien besoin !
Ephémérides économiques
3/11
• Ouverture de la COP30 à Belém
• Victoire des démocrates aux élections américaines : New York, New Jersey…
• Orban obtient de Trump une dérogation pour les importations hongroises de pétrole russe
• Ouverture des débats à la Cour suprême sur la légalité des tarifs « réciproques »
10/11
• Fin du shutdown aux États-Unis (43 jours)
• Baisse des tarifs américains sur la Suisse, de 39 % à 15 % : la diplomatie du lingot !
• Affaires de corruption en Ukraine
• Donald Trump annule les tarifs sur 200 produits agricoles
• Conclusion de la COP30 sans avancée majeure
17/11
• Début de l’exploitation de la mine de fer de Simandou (Guinée)
• Le règlement européen sur la déforestation repoussé d’un an
• Un Klimt vendu $ 236 millions à New York
• Annonce du plan Trump en 28 points sur le conflit ukrainien
• G20 en Afrique du Sud sans les États-Unis
• Plan de relance de $ 135 milliards au Japon
• Chute du bitcoin à $ 80 000
24/11
• Renforcement du phénomène climatique de La Niña
• Vote en France en faveur de la nationalisation d’Arcelor Mittal
• Poursuite des négociations sur le plan de paix en Ukraine
1/12
• Lancement du plan Resources EU sur les métaux critiques
• Vladimir Poutine en Inde
• Scandale européen autour du collège de Bruges
