Par Philippe Chalmin

Vous avez aimé Trump en 2025 ? Vous allez l’adorer en 2026 si l’on en juge par le rythme frénétique de ce début d’année, entre la Noël des catholiques et des protestants et celles des orthodoxes !
Après le raid sur Caracas et la capture du couple Maduro, alors qu’une relative incertitude se faisait jour sur l’avenir du Venezuela et de son pétrole, c’est le Groenland qui, à nouveau, a fait la une de l’actualité trumpienne. Mais, au même moment, la marine américaine arraisonnait un tanker « russe » (depuis peu…) qui faisait du tourisme en Atlantique nord. Et puis, on apprenait que les États-Unis se retiraient d’une soixantaine d’organisations internationales, dont une bonne moitié émanant des Nations unies (climat, développement…). Enfin, Donald Trump menaçait l’Iran de nouvelles frappes alors que la contestation du régime des mollahs se faisait plus forte. Et il ne pouvait s’empêcher de menaces aussi vis-à-vis de la Colombie et, bien entendu, de Cuba.
Si 2025 avait été surtout l’année des « tarifs », ce thème semble avoir trouvé ses limites dans l’imaginaire trumpien. En réalité, on assiste même à un léger reflux lié aux replis par rapport aux positions maximalistes adoptées par Trump dans le feu de ses discours et de ses tweets : les « pastas » italiennes ont ainsi échappé au pire ! En moyenne, les tarifs américains sont de l’ordre de 15 % (14,4 % exactement fin 2025, d’après les estimations du Yale Lab) alors que potentiellement, on était à 23 % au lendemain du « Liberation Day ». Il s’agit quand même du niveau le plus élevé depuis les années trente (20 % au plus haut du Smoot-Hawley Tariff Act) et, même si l’inflation américaine reste modérée (2,7 %), la hausse des prix de certains produits de base, comme la viande bovine ou le café touche les ménages les plus modestes, ceux qui sont affectés aussi par l’augmentation du chômage (4,6 %). Sur le front des tarifs, le dernier grand dossier à traiter est celui de la Chine, mais là, Trump touche manifestement ses limites. Certes, la Chine n’a protesté que de manière fort mesurée à propos du Venezuela, trouvant là fort probablement quelque avantage à ce qui commence à ressembler à un partage du monde.
Donald Trump marque donc son territoire : les Amériques, bien sûr, au sens le plus large et donc Groenland compris. Il le fait avec sa logique, qui est celle du plus fort partout où cela est possible. Le meilleur résumé est celui de Stephen Miller, l’une de ses « âmes damnées » à la Maison-Blanche : « we live in a world, a real world, that is governed by strengh, that is governed by force, that is governed by power. These are the iron laws of the world… Since the beginning of time ». Nous sommes là bien loin du monde des « bisounours » dans lequel rêvaient les Européens ces dernières décennies.
Certains ont vu dans la stratégie trumpienne un impérialisme motivé par le contrôle des ressources naturelles. Certes, il faut reconnaître à Donald Trump le mérite d’avoir mis sur le « sommet de la pile » en 2025 le dossier des métaux stratégiques et critiques (et pas seulement celui des terres rares) et d’avoir alerté sur la dépendance de l’Occident vis-à-vis de la Chine. Mais si les ressources du Groenland sont incontestables, quoique difficiles à exploiter, l’annexion ou l’achat (où même le statut d’état associé, COFA, Compact of Free Association) ne sont pas nécessaires pour les mettre en valeur. De la même manière, le pétrole vénézuélien ne peut être la seule motivation du coup de force de Caracas. Et, il pourrait même être assez rapidement une épine dans le pied de Trump si le cours du baril décline trop vite pour les producteurs américains de pétrole de schiste. Là encore, le message s’adresse à la Chine et à ses intérêts en Amérique latine et même en Afrique, dont Trump pourrait faire demain un de ses terrains de jeu, de la RDC au Nigeria. Mais, s’il est une chose bien difficile, c’est d’anticiper avec quelque rationalité ce qui reste, au fond, l’irrationnel trumpien.
Pour l’instant, la Chine n’a pas bougé ses pions et son soutien à la Russie ne semble pas remis en cause. Quant à l’Europe, elle s’agite dans le désordre le plus total. La Commission est de plus en plus divisée sans véritable contre-pouvoir face à la mainmise d’Ursula von der Leyen. Le dossier du soutien à l’Ukraine, celui de l’accord UE-Mercosur sont de tristes exemples de la mauvaise anticipation des divergences européennes et, pour une fois, le mépris trumpien est en grande partie mérité.
Ainsi, l’année 2026, celle du quarantième CyclOpe promet d’être passionnante, imprévisible et probablement surprenante. Les marchés de commodités en seront le fidèle écho.

Ephémérides économiques

1/12

• Visite de Vladimir Poutine en Inde
• Lancement du plan « Resources EU »
• « Affaire » du collège de Bruges
• Sanctions européennes contre « X » : € 120 millions

8/12

• Solde commercial chinois sur janvier/novembre 2025 : $ 1 076 mds
• Andrej Babis, Premier ministre tchèque
• Baisse des taux américains (25 pb)
• Victoire d’Antonio Kast au Chili
• K. Pierrakis (Grèce) élu président des ministres des Finances de la zone euro
• $ 12 milliards supplémentaires pour les agriculteurs américains
• Vote en France du budget de la Sécurité sociale

15/12

• En France, crise de la dermatose nodulaire contagieuse bovine
• Blocages belges pour l’utilisation des avoirs russes bloqués ; accord pour un emprunt de € 90 milliards pour soutenir l’Ukraine
• Chômage à 4,1 % aux États-Unis
• Les taux japonais au plus haut depuis trente ans
• L’Américaine Meg O’Neill à la tête de BP

22/12

• En France, « loi spéciale » sur le budget
• L’or à $ 4 500 l’once
• Interdiction des éoliennes en mer aux États-Unis
• Taxes chinoises sur les produits laitiers européens
• L’argent à plus de $ 70 l’once

29/12

• Mise en place de la taxe carbone aux frontières par l’UE
• Manifestations en Iran (inflation à 42 %)
• La Bulgarie intègre la zone euro
• Chypre préside l’UE
• Warren Buffet prend sa retraite
• Capture de Maduro par les troupes américaines au Venezuela  !

5/01

• Confirmation au Venezuela de la vice-présidente Deley Rodrigues ; négociations pétrolières avec les États-Unis
• Les États-Unis sortent de 65 organisations internationales, dont la Convention sur le climat et la CNUCED
• Pression américaine accrue sur le Groenland
• Un pétrolier « russe » arraisonné dans l’Atlantique nord
• L’UE vote l’accord UE-Mercosur malgré le vote négatif de la France
• Tensions en Iran
• Projet de fusion Rio Tinto/Glencore
• Les États-Unis obtiennent une exemption de l’impôt minimum sur les multinationales de l’OCDE

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