Par Philippe Chalmin
Le mois de juin 2025 restera dans l’histoire non pas tant parce qu’il aura été le plus chaud – au moins en Europe – mais parce qu’il aura été le théâtre de ce qui passera peut-être à la postérité, comme « la guerre de 12 jours » : douze jours qui ont vu les frappes israéliennes sur l’Iran se terminer en apothéose par l’intervention des bombardiers furtifs américains, dont les énormes bombes ont, sinon détruit, au moins sérieusement touché les installations nucléaires iraniennes. Nul n’aurait imaginé que Donald Trump passe ainsi à l’acte (dans une circonstance moins dramatique, Barack Obama avait reculé en Syrie). Mais il a su aussi s’arrêter, profiter de la stupeur iranienne et probablement aussi du soutien chinois pour imposer un accord de cessez-le-feu qui, certes ne résout rien, mais ouvre quand même une nouvelle séquence dans la tumultueuse histoire du golfe Arabo-Persique. Il est difficile d’en imaginer même les contours, si ce n’est quand même l’affaiblissement durable du pouvoir de nuisance de l’Iran. Et le corollaire en est la quasi-disparition des primes de risque sur les marchés de l’énergie.
Le pétrole a bien entendu vécu ces journées dans la fébrilité, mais au fond, le « choc » ($ 15 le baril au plus) a été fort modéré. Personne n’a vraiment cru dans la fermeture du détroit d’Ormuz, la menace suprême qui au fond n’aura été qu’un pétard mouillé. Depuis, le marché est revenu à ses fondamentaux, ceux d’un excédent de l’offre sur la demande et donc d’une baisse des prix, peut-être même en dessous de $ 60 avant la fin de l’année.
De retour de ses aventures guerrières, Donald Trump a pu se consacrer à ses autres chantiers. Il y a tout d’abord le « Big Beautiful Bill » qu’il souhaite voir adopter pour le 4 juillet, le jour de la fête nationale américaine. Avec quelques amendements, il va probablement y parvenir tant l’opposition démocrate semble paralysée. Ce texte détricote un peu plus l’héritage social de Barack Obama et l’héritage environnemental de Joe Biden. Il diminue nombre de programmes de l’État-providence américain (Medicaid, foodstamps…), réduit les impôts des riches et creuse un peu plus les déficits américains. On peut comprendre qu’Elon Musk ait qualifié ce texte de « utterly insane » et ses partisans de « Porky Pig Party » (le parti des cochons qui se goinfrent). Il n’empêche, après les votes de la Chambre et du Sénat et au prix de quelques modifications marginales, mais coûteuses, Donald Trump va, là encore, gagner !
L’autre grande échéance est celle du 9 juillet, la date limite pour les négociations sur les tarifs réciproques. Au tout début de juillet, il n’y avait toujours que l’accord avec le Royaume-Uni qui avait été signé. Même avec le Japon, les discussions butaient sur les questions agricoles et le refus des Japonais d’ouvrir le symbolique marché du riz au riz américain. Finalement, le Vietnam aurait été le premier en Asie à plier et à accepter un tarif de 20 % contre zéro ! Quant à l’UE, elle semble plus désunie que jamais, incapable d’utiliser la force de son marché des services pour contre-balancer les diktats trumpiens. Plusieurs dirigeants européens, à commencer par le chancelier allemand, seraient prêts à courber l’échine et à accepter un taux de 10 % sans mesures de rétorsion. Il est vrai que l’Europe n’a pas réagi aux 50 % sur l’acier et l’aluminium. Au total, selon toute probabilité, on devrait se retrouver à l’automne avec un tarif moyen américain quelque part en 10 % et 15 % : en décembre 2024, il était de 1,8 % et en avril 2025 de 5,7 % !
Il y a quand même un domaine où les États-Unis risquent d’être perdants, celui de l’agriculture. Les États-Unis ne cessent, en effet, de perdre des parts de marché et la Chine leur préfère de manière très claire le Brésil pour ses achats de soja, de maïs et de viandes. Faute de Farm Bill, le grand et beau budget de Trump a prévu une augmentation des soutiens aux « farmers » à titre de compensation. Il est vrai que les récoltes mondiales s’annoncent excellentes en 2025/26 et que les prix s’en ressentent.
Donald Trump prendra-t-il quelque repos golfique à Mar-a-Lago durant l’été ? On se prend à l’espérer pour se reposer un peu. Mais il a encore tant de pain sur la planche : remplacer Jerome Powell à la Fed, négocier avec la Chine, régler le cas Musk, qui devient de plus en plus gênant et puis quand même assurer le service après-vente de l’Iran à Gaza. Quant à l’Ukraine, elle est manifestement le cadet de ses soucis.
« Stupor Mundi », la stupeur du monde, le surnom que l’on avait donné à l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen, n’est pas exagéré.
Ephémérides économiques
02/6
• Chute du gouvernement des Pays-Bas
• Élections en Corée d’un président « de gauche »,
Lee Jae-myung
• Rupture entre Trump et Musk
• Émeutes en Californie : Trump fait donner la Garde nationale
• La Bulgarie va intégrer la zone euro (1/1/26)
• Baisse des taux de la BCE : record d’écart de taux entre US et UE (225 pb)
09/6
• Sommet de l’Océan à Nice
• « Accord de principe » à Londres entre Chine et États-Unis : « aimants contre étudiants »
• Frappes israéliennes sur l’Iran ; le baril de pétrole à $ 75
• Autorisation officielle d’achat d’US Steel par Nippon Steel
16/6
• Sommet du G7 à Kananaskris (Canada)
• Signature de l’accord commercial US/RU
• Forum de Saint-Pétersbourg
• Frappes américaines sur l’Iran
23/6
• Cessez-le-feu US/Iran/Israël
• Sommet de l’OTAN : accord pour 5 % du PIB de dépenses militaires (3,5 %, + 1,5 %)
• Nvidia, première capitalisation mondiale à
$ 3 760 milliards
• Accord RDC/Rwanda à Washington
• Rupture des négociations commerciales entre US et Canada
• Oman, premier pays du Golfe à instaurer un impôt sur le revenu
30/6
• Taxes européennes sur les engrais russes et bélarusses
• Présidence danoise de l’UE
• Le Sénat vote un BBB légèrement amendé
• Accord agricole UE-Ukraine
• Adoption finale par le Congrès du « Big Beautiful Bill »
• Signature d’un accord 20/0 entre les États-Unis et le Vietnam (40 % pour le transbordement)
