Par Philippe Chalmin
Trente-sept fois il l’aura dit sur tous les tons, du péremptoire au confidentiel : les négociations allaient aboutir et bientôt, le détroit d’Ormuz serait à nouveau libre. Trente-sept fois donc, d’après le compte tenu par CNN et chaque fois, au dernier moment, un détail manquait du côté iranien, mais aussi du côté israélo-américain. Pourtant, il est clair que les deux adversaires veulent, chacun à leur manière, la fin du conflit et le retour à une certaine « normalité » (la position de B. Netanyahou est différente, mais il semble qu’il ait perdu une partie de son influence auprès de Donald Trump). En même temps, ils ne peuvent perdre la face et doivent apparaître d’une manière ou d’une autre comme des « vainqueurs ».
L’Iran résiste et a fait preuve de qualités insoupçonnées de résilience, en particulier avec son contrôle effectif d’Ormuz : d’après Kpler, entre le 1er mars et le 10 juin, 103 pétroliers transportant 185 millions de barils ont passé Ormuz. Alors que l’Iran exportait entre 1,5 et 2 mbj, depuis le début du blocus américain les exportations iraniennes auraient diminué à 260.000bj en mai. L’Iran n’a pas les moyens de continuer longtemps.
Mais le nouveau « guide » est difficile à joindre, ce qui rallonge le temps de négociation par le biais des intermédiaires pakistanais et qataris notamment. Il doit aussi tenir compte de l’aile dure des Gardiens de la Révolution, qui ne veulent rien lâcher, ni sur le nucléaire ni sur les missiles, du moins dans un premier temps. Ils insistent par contre pour récupérer une partie des fonds gelés, notamment les $13 milliards qui sont détenus par la Banque du Qatar (au total il y aurait une centaine de milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés, certaines sommes remontent à la chute du shah).
Donald Trump est dans une situation tout aussi complexe. Malgré la foule de ses courtisans, il doit savoir qu’il ne peut plus gagner la guerre par les armes. À court terme, son seul objectif est d’obtenir la réouverture d’Ormuz : la négociation nucléaire peut attendre. Mais il doit tenir compte de son électorat MAGA, qui risque de ne pas comprendre ce qui serait quand même une reculade. Et puis il lui faut gérer le problème Netanyahou, dont les objectifs divergent de plus en plus avec les siens, et qui s’enfonce dans le chaos libanais.
Au moment où ces lignes sont écrites, Donald Trump annonce à nouveau pour près de la quarantième fois qu’un accord va être signé dans les prochaines heures. Pourquoi pas !
Les marchés s’en moquent un peu et le baril de pétrole tourne autour de $ 95, qu’il s’agisse du « papier » (les prix à terme) ou du « physique » : le 10 juin, le « dated Brent » cotait $ 98 et le Dubaï $ 94. Il est vrai que le monde pétrolier commence presque à se passer d’Ormuz : la demande, surtout chinoise, a fortement diminué ; la production a augmenté dans le reste du monde et les États-Unis sont même devenus en mai le premier exportateur mondial de pétrole ; les stocks diminuent aussi. Les prix actuels du pétrole sont inférieurs à ceux que le monde a connus de 2010 à 2014 sans que l’on parle à l’époque de « choc » ou de « crise ».
Ceci étant, la situation reste beaucoup plus tendue à l’aval au niveau de certains produits raffinés, du GPL, de l’urée, du soufre…
Les conséquences économiques commencent par contre à se faire sentir : l’inflation aux États-Unis est désormais de 4,2 %, au même niveau d’ailleurs que les Bons du Trésor à deux ans. Difficile quand même pour Kevin Warsh, le nouveau patron de la Fed, de remonter les taux américains, comme vient de le faire la BCE, lorsque Donald Trump attend au contraire une baisse. L’économie américaine résiste pourtant avec un chiffre presque inespéré de création d’emplois au mois de mai.
Mais c’est de plus en plus une croissance en « K » : des riches de plus en plus riches à l’image des ventes d’art à New York en mai ($ 2,5 milliards) ou de l’introduction en bourse de Space X et du probable premier « trillionaire » de l’histoire, sans même parler du prix des places à la Coupe du monde de football ; et des pauvres de plus en plus pauvres qui paient leur essence $ 4,50 le gallon, sans parler des migrants pourchassés par l’ICE et de tous ceux qui ont perdu couverture sociale et food stamps. L’Europe amortit bien sûr tous ces chocs, mais avec une économie qui, au premier semestre 2026, frôle la récession.
En ce mois de juin 2026, le monde passe ainsi de l’euphorie au désespoir : euphorie de l’IA, malgré les avertissements de Léon XIV, avec les introductions en bourse de Space X, puis d’Anthropic et d’Open AI, euphorie de la Coupe de monde de football la plus rentable de l’histoire (aux dires de la FIFA) ; désespoirs de guerres sans fin ni issue à Gaza, au Liban, au Soudan, au Kivu, dans le Sahel. Pendant que l’on joue de la balle dans une admirable démonstration du sport marchandise, 130 conflits ensanglantent le monde… Espérons simplement qu’à la quarantième reprise, il y aura un accord !
Ephémérides économiques
4/5
• Lancement puis « pause » de l’opération « Project Freedom » d’escorte de navires dans le détroit d’Ormuz
• La CIT invalide le tarif mondial de 10 % (section 122)
• Déroute travailliste aux élections locales au Royaume-Uni
11/5
• Rencontre Trump-Xi à Pékin
• Crise de « l’hantavirus »
• Bénéfices d’Aramco au premier trimestre : $ 33,6 milliards
• Kevin Warsh à la tête de la Fed
• Le chômage en France à plus de 8 %
• Un premier méthanier passe Ormuz
• Cour de la guerre pour les États-Unis : au moins $ 30 milliards
18/5
• Poutine à Pékin
• Création par l’Iran de la « Persian Gulf Straits Authority »
• Le Parlement européen vote « l’accord de Turnberry » avec les États-Unis
• Épidémie d’Ebola en RDC
• Records des ventes d’art à New York : $ 2,5 milliards ont un Pollock à $ 181 millions
• L’Indonésie met en place une agence publique de vente de charbon, huile de palme…
25/5
• Encyclique « Magnifica Humanitas » de Léon XIV
• Prise de la forteresse de Beaufort (Liban) par l’armée israélienne
• Crise politique au Sénégal
1/6
• Suspension des négociations du renouvellement de l’USMCA entre États-Unis, Mexique et Canada
• Vote de la Chambre des représentants en faveur de l’arrêt de la guerre
• 172 000 créations d’emploi aux États-Unis
• Forum économique de Saint-Pétersbourg
8/6
• Abandon du projet franco-allemand d’avion de combat (FCAS)
• Rencontre Xi/Kim à Pyongyang
• Inflation américaine en mai : 4,2 %
• Hausse des taux de la BCE de 25 pb
• IPO de Space X : $ 1800 milliards
• Début du baccalauréat chinois : le gaokao
• Début de la Coupe du Monde de football
• 1 569 jours de guerre en Ukraine, plus que la Première Guerre mondiale !
