Par Philippe Chalmin

Le mois de février 2026 s’annonçait plutôt calme après la grande excitation du début de l’année sur les métaux précieux. On allait vivre d’une part les fêtes du Nouvel An chinois (et l’arrêt d’une bonne partie du pays pendant une dizaine de jours) et, d’autre part, les Jeux olympiques d’hiver en Italie.
Même si la « trêve olympique » est une aimable plaisanterie, on pouvait espérer que l’activisme diplomatique des envoyés de Donald Trump commencerait à porter ses fruits vis-à-vis de la Russie ou de l’Iran. Dans la foulée de son discours de Davos, Donald Trump a tenu à Washington la première réunion de son « Board of Peace ». C’était là bien sûr un moyen de distraire l’attention d’une « affaire Epstein » qui prend des dimensions internationales, du prince Andrew et de Lord Mandelson à Jack Lang ou au président du World Economic Forum (Davos).
Et puis voilà un premier coup de tonnerre. Avec une majorité solide (6 contre 3), la Cour Suprême décide d’invalider les tarifs réciproques du Liberation Day, estimant que le Président outrepassait ses droits et que c’était là de la responsabilité du Congrès. La Cour ne s’est par contre pas prononcée sur le remboursement de $ 175 milliards de tarifs indûment perçus. C’est un revers majeur pour Trump, qui a réagi en frappant toutes les importations américaines d’un droit uniforme de 10 % (qui pourrait monter à 15 %) : panique générale pour tous les pays qui avaient signé un accord avec les États-Unis et qui se trouvent défavorisés par rapport à ceux – Chine et Brésil notamment – qui étaient restés fermes.
Au même moment des nouvelles économiques médiocres assombrissent l’horizon des États-Unis alors que la polémique autour de l’action des agents d’ICE (immigration) se fait plus violente au point de contraindre Trump de se séparer de sa secrétaire à la sécurité intérieure, la très maladroite Kristi Noem.
Trump, quelque peu affaibli donc, n’a pu écouter que d’une oreille favorable les suggestions de Benjamin Netanyahou de se débarrasser une bonne fois pour toutes du problème iranien. Ce fut donc la frappe du 28 février, une incontestable réussite en matière de technologie du renseignement, puisqu’elle a permis d’éliminer Khamenei et une bonne partie des dirigeants des Gardiens de la Révolution.
Donald Trump avait-il mesuré qu’il déclencherait là la « troisième guerre du Golfe », que, faute de capitulation iranienne immédiate, on risquait le blocage du détroit d’Ormuz et l’enlisement d’un conflit mené à distance par des missiles et des drones ? La question reste ouverte, mais manifestement, après une dizaine de jours de conflit, les États-Unis peinent à convaincre quant à la suite. Ce qui est clair, par contre, c’est qu’Ormuz est – de facto – bloqué, que seuls de très rares navires empruntent encore le détroit. Par Ormuz passent 20 % du pétrole et du GNL mondial, jusqu’à 30 % de certains engrais, mais aussi de l’aluminium, du sucre, des importations de produits alimentaires pour nourrir le Golfe… En dehors des tankers et des méthaniers, plus d’une centaine de porte-conteneurs sont bloqués dans le Golfe, 10 % de la capacité mondiale. Les taux de fret des tankers se sont envolés… Sur les marchés, le pétrole a vu son prix augmenter, mais de manière presque raisonnable : on est loin encore des niveaux atteints lors du déclenchement de la guerre en Ukraine. La barre symbolique des $ 100 le baril sera probablement franchie lorsque ces lignes seront lues et certains même commencent à parler de $ 200 ! Le gaz naturel a réagi aussi brutalement, en particulier en Europe, mais rien de comparable à la situation de 2022. Pour l’instant (au 9 mars), l’expression de choc pétrolier est un peu excessive, mais, en réalité, nul ne sait combien de temps durera cette guerre, combien de semaines Ormuz sera bloqué. Ceci se traduit bien sûr par des hausses de prix à la pompe en Europe, mais aussi aux États-Unis, où la barre des $ 3 le gallon a été franchie. Cela a poussé Donald Trump à lever en partie les sanctions qui touchaient jusque-là les acheteurs de pétrole russe, à commencer par l’Inde. Même si la Russie a perdu avec l’Iran un allié et un fournisseur de drones, les finances russes vont y gagner avec la hausse des prix du baril et la disparition des rabais qui devaient être consentis, sans parler des saisies de navires de la « flotte grise ».
L’Europe, dont le vingtième paquet de sanctions vis-à-vis de la Russie reste bloqué par la Hongrie, est là aussi bien isolée.
Il reste aussi l’énigme chinoise. Pékin a condamné la frappe américaine, mais n’est pas allée au-delà. En juin 2025, la Chine avait joué un rôle modérateur en dissuadant l’Iran d’utiliser l’arme d’Ormuz (à l’époque Trump avait même remercié Xi). Le silence chinois reste aujourd’hui à peu près total et on ne sait si c’est de l’impuissance ou le désir de laisser les États-Unis s’empêtrer dans cette nouvelle guerre du Golfe.
Mais après huit jours de guerre, l’Iran n’est manifestement pas à genoux. De manière symbolique, c’est le fils d’Ali Khamenei, Mojtaba, qui a été choisi comme nouveau Guide suprême, ce qui semble indiquer une volonté de continuité de la politique de son père et la mainmise des Gardiens de la Révolution sur le régime. Donald Trump a décidé d’envoyer un troisième porte-avions américain sur zone. Il lui faudra une quinzaine de jours pour y arriver. Cela donne une mesure d’un conflit qui s’annonce beaucoup plus long qu’imaginé à Washington. Pendant ce temps-là, Ormuz restera en grande partie bloqué et les marchés connaîtront peut-être un véritable « choc » énergétique.
Ce mois de mars, celui du carême des chrétiens et du ramadan des musulmans promet en tout cas d’être à l’opposé de l’idéal que poursuivent nos grandes spiritualités.

Ephémérides économiques

2/2

• Accord commercial États-Unis/Inde
• Arrivée de navires américains dans le golfe d’Oman
• Fin du traité START États-Unis/Russie
• Arrêt des négociations sur la fusion Rio Tinto/Glencore
• Lancement de « The Vault », un nouveau stock de métaux critiques aux États-Unis
• Victoire du LDP au Japon
• Le Dow Jones à plus de 50 000 pour la première fois de l’histoire

9/2

• « Affaire » Epstein
• Conférence sur la sécurité de Munich avec la présence de Mario Rubio
• Tarifs zéro pour les vêtements fabriqués au Bangladesh avec du coton américain

16/2

• Premières tensions avec l’Iran : le baril de Brent à $ 72
• Première réunion du « Board of Peace » à Washington
• Critical Minerals Summitt à Washington
• Nouvel An chinois
• La Cour Suprême invalide les tarifs réciproques fondés sur l’utilisation de l’IEEPA
• Donald Trump impose de tarifs de 10 % avec la section 122

23/2

• Quatre ans de guerre en Ukraine
• La Hongrie bloque le vingtième paquet de sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie
• Lancement de l’opération « Epic Fury » contre l’Iran
• Mort de Khamenei et de nombre de dirigeants iraniens

1/3

• Blocage du détroit d’Ormuz
• Offensive d’Israël au Liban
• Fermeture de raffineries et unités de liquéfaction de gaz dans le Golfe
• Flambée du pétrole ($ 93 le baril) et du gaz naturel, des engrais…
• Objectif décroissance de la Chine : 4,5/5 %
• Sanctions américaines sur le Rwanda
• Application temporaire de l’accord UE-Mercosur

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