Par Philippe Chalmin
L’été 2026 aura été dominé par deux conflits et par deux évolutions climatiques majeures : le Golfe et la mer Noire d’une part, la canicule en Europe et El Niño d’autre part.
Du côté des conflits, des guerres que, tant Vladimir Poutine, en 2022 que Donald Trump en 2026, imaginaient courtes et presque joyeuses, s’enlisent et s’enfoncent dans une durée dont nul ne peut imaginer aujourd’hui prévoir la conclusion.
Dans le Golfe, le « traité de Versailles » signé par Donald Trump au lendemain du G7 d’Évian est bien oublié. Le détroit d’Ormuz est au mieux entrouvert, mais, en plus, le blocus américain a pratiquement tari le flux de pétrole iranien.
Rien ne permet d’envisager, à court terme, une évolution positive de la situation, malgré des rumeurs d’un accord entre l’Iran et Oman sur la gestion du détroit. À cela est venu s’ajouter le conflit entre l’Arabie saoudite et le Yémen et les menaces sur l’autre détroit, celui de Bab el-Mandeb, qui conditionne de plus en plus les exportations saoudiennes.
Dans ce contexte, le marché du pétrole brut est resté étonnamment raisonnable : au lendemain de Versailles, il était tombé à $ 70 pour le baril de Brent. Début septembre, avec la reprise des frappes américaines, on était « seulement » à $ 95, bien loin des sommets du printemps et à un prix qu’en d’autres temps on aurait presque considéré comme « normal ». Pourtant, en Europe comme aux États-Unis, les prix des carburants restent au plus haut.
C’est là qu’intervient le deuxième conflit, celui de l’Ukraine. La stratégie ukrainienne a consisté à affaiblir le potentiel énergétique russe et, en particulier, ses raffineries, au point d’amener la Russie à décréter un embargo à l’exportation de diesel. Au total, entre le Moyen-Orient, la Russie et l’Asie, ce sont près de 5 mbj de capacités de raffinage qui manquent au marché mondial.
Le résultat en a été une flambée générale des marges de raffinage qui, pour le diesel, ont atteint à certains moments les $ 100 le baril : la part du raffinage était supérieure au coût du baril de pétrole brut ! Là aussi, on ne voit guère de possibilité d’issue positive du conflit dans les mois qui viennent. Au contraire, même les sanctions européennes vis-à-vis de la Russie pourraient s’aggraver, notamment en ce qui concerne le gaz naturel.
Le gaz naturel est lui aussi, en effet, la victime des deux conflits. Il n’y a pratiquement pas de GNL qui sorte du Golfe et donc le Qatar reste hors marché. L’Europe devrait se priver du GNL russe à partir du début de 2027 et a pris du retard dans la reconstitution de ses réserves et les États-Unis ne sont pas loin du maximum de leurs capacités d’exportation.
Contrairement au pétrole, les prix du GNL, tant en Europe qu’en Asie, ont retrouvé leurs niveaux du début du conflit, loin quand même des sommets de 2022 et 2023.
En dehors du pétrole et du gaz, la guerre en Ukraine a affecté un autre marché : celui des céréales. Depuis deux ans, les flux céréaliers en mer Noire, l’un des principaux bassins d’exportation mondiaux, s’étaient presque normalisés : les vraquiers circulaient, ayant transporté en 2025 une bonne cinquantaine de millions de tonnes de grains loin devant les expéditions passant par la Baltique, le Danube ou les voies ferrées.
Tout a changé avec l’escalade dans le conflit : l’Ukraine s’en est prise aux terminaux de la mer d’Azov, la Russie à ceux d’Odessa et quelques navires même ont été touchés.
Résultat, au moment même où la récolte de blé était disponible, l’essentiel des capacités d’exportation se trouve hors jeu. Durant l’été, les prix des céréales ont bondi de 15 à 35 %.
Il est vrai que cela vient s’ajouter aux conséquences de la canicule en Europe, avec à la clef des diminutions de rendements à attendre, en particulier pour le maïs.
Et tout ceci est à remettre dans le contexte plus large d’un nouvel épisode El Niño, dont on dit qu’il pourrait être le plus fort jamais enregistré et qui devrait être à son plus haut vers la fin de l’année.
Déjà, les marchés du café et du cacao ont commencé à en éprouver l’impact. Les moussons dans le sous-continent indien sont bien inférieures à la moyenne et ceci commence à avoir des conséquences pour le riz, le sucre ou l’huile de palme. La FAO table sur une augmentation générale des prix et sur cinquante millions de personnes supplémentaires en dessous du seuil de l’insécurité alimentaire.
Il est vrai qu’il y a maintes autres guerres qui entretiennent les malheurs de la planète, à commencer par la situation en RDC, qui a laissé la porte ouverte à la pire épidémie d’Ebola de l’histoire.
Si tout ceci n’était pas suffisant, il faudrait ajouter l’imprévisible Donald Trump, qui fait le grand écart entre une main presque tendue à la Corée du Nord, le soutien ambigu à Taïwan et l’Ukraine, le bras de fer avec le Canada et ses multiples affaires. Que penser, par ailleurs, de l’accord pétrolier avec le Venezuela dans lequel néocolonialisme, opacité et corruption font bon ménage.
La première version de ce texte est écrite à la main avec un stylo Mont-Blanc avec de l’encre Kaweco. Elle ne doit rien à l’intelligence artificielle qui, dans ses versions les plus avancées (Claude, par exemple), aurait rédigé cela en quelques secondes et de manière – peut-être – plus intelligente. Mais à 75 ans, l’auteur de ces lignes manuscrites tient à conserver sa propre intelligence. Ceci étant, l’IA a été l’autre grand sujet de l’été avec la prochaine introduction en bourse d’Anthropic ($ 2 000 milliards ?), les mésaventures d’OpenAI, la domination de Nvidia, l’irruption de l’IA dans la vie quotidienne, tant des individus que des entreprises et des marchés (avec le lancement des « futures » de tokens : une nouvelle commodité !).
L’IA reste quand même à surveiller, tant la bulle s’est gonflée… À suivre aussi les « midterms » aux États-Unis, les élections en Israël et puis, bien sûr, le Golfe, la mer Noire, et la température de l’eau dans le Pacifique.
Voilà pour un bel été indien !
Ephémérides économiques
27/7
• Crise migratoire à Ceuta
• Polémique autour de la FIFA et des propositions de Gianni Infantino
• Le taux à 30 ans américain à 5,23 %
• 30 juillet : jour du dépassement mondial
3/8
• Record du CAC 40 : 8 666 et SP 500 ; 7 737
• Accord de défense Arabie saoudite/Pakistan/Turquie
• Intervention américaine sur le marché du yen
• Juillet : mois le plus chaud en France ; 24° 9
10/8
• Nvidia mobilise $ 500 milliards pour financer ses clients
• Inflation américaine : 3,4 %
• Les Lakers de Los Angeles achetés pour $ 12,5 milliards
• Éclipse de Soleil en Europe
• Tensions sur les exportations de blé en mer Noire
17/8
• COP17 sur la désertification à Oulan-Bator
• 100 jours de l’épidémie d’Ebola en RDC : 2 500 morts
• CDMX (puces), première capitalisation boursière chinoise à plus de $ 500 mds
• Rupture des négociations tarifaires entre les États-Unis et le Canada
• La dette publique américaine à plus de $ 40 000 milliards
• Intervention de la Fed sur le marché des T Bonds
• Prime de raffinage de $ 100 le baril sur le diesel aux États-Unis
24/8
• Tarifs de 50 % entre Canada et États-Unis
• Croissance zéro en France au second trimestre
• Non de l’Islande à l’UE
• Symposium de Jackson Hole
• Frappes américaines sur l’Iran
• Accord pétrolier États-Unis/Venezuela : concessions accordées à NABEP avec 35 % de contrôle au War Department
• Restrictions sur le trafic du canal de Panama
31/8
• Réunion de l’Organisation de Coopération de Shanghai au Kirghizistan avec Iran, Russie…
• Montant du marché des transferts du football anglais : € 4 milliards
• Accord du FMI sur la dette du Sénégal
• Tensions accrues sur le prix des carburants
• Le baril de Brent à $ 95
• 162 000 créations d’emplois aux États-Unis en août
